Une heure de préparation à la mort - Jésus à Maria Valtorta

Clouée au lit depuis de nombreuses années déjà, Maria Valtorta reçoit, au plus sombre de la 2ème guerre mondiale, la vision complète des scènes de l'Évangile. Cette vie de Jésus étonnante de précisions a été lue, à titre personnel, par trois papes, des théologiens et biblistes et rencontre un succès populaire ininterrompu depuis 60 ans. (Voir la sélection Maria Valtorta)
Jésus lui a donné d'autres dictées comme ce magnifique texte présenté ici : "Une heure de préparation à la mort".
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14 juillet 1946 - Jésus nous apprend à mourir.

Jésus dit :
« J'ai dicté une heure sainte pour ceux qui la désiraient. J'ai dévoilé mon heure d'agonie du Gethsémani pour te donner une grande récompense, car il n'y a pas d'acte de confiance plus grand entre amis que celui de dévoiler à l'ami sa propre douleur. Ce n'est pas le rire ni le baiser qui sont le témoignage suprême de l'amour, mais les larmes et la douleur dévoilées à l'ami. Toi, mon amie, tu en as été témoin lorsque tu étais au Gethsémani. Maintenant tu es sur la Croix, et tu ressens des peines mortelles. Appuie-toi sur ton Sauveur, alors qu'Il te donne une heure de préparation à la mort. »

I. « Père, si cela est possible, que ce calice s'éloigne de moi. »

Ce n'est pas une des sept Paroles du Christ de la Croix. Mais elle est déjà parole de passion. C'est le premier acte de la Passion qui commence. C'est la préparation nécessaire aux autres phases de l'holocauste. C'est invoquer Celui qui donne la vie ; c'est se résigner avec humilité, c'est prier. Dans cette prière se croisent, pendant que la chair s'ennoblit et que l'âme se perfectionne, la volonté de l'esprit et la fragilité de la créature qui répugnent à l'idée de la mort.
« Père !... » Oh ! c'est l'heure dans laquelle le monde s'éloigne des sens et de la pensée, cependant qu'approche, comme un météore qui descend, la pensée de l'autre vie, la pensée de l'inconnu, du jugement. Et l'homme, toujours enfant même centenaire, comme un bébé effrayé qui se retrouve seul, cherche le sein de Dieu.
Mari, épouse, frères, fils, parents, amis... Ils étaient tout tant que la vie était loin de la mort, tant que la mort n'était qu'une pensée cachée sous des brumes lointaines.
Mais maintenant que la mort sort de dessous son voile et avance, voilà que, par un renversement de la situation, ce sont les parents, les fils, les amis, les frères, le mari, l'épouse qui perdent leurs traits saillants, leur valeur affective et, devant l'imminente approche de la mort, s'éloignent comme dans une brume. Comme des voix affaiblies par la distance, les choses de la terre perdent leur vigueur, tandis qu'en acquiert davantage ce qui se trouve dans l'au-delà et qui, jusqu'à hier, paraissait si lointain... Voici qu'un mouvement de peur frappe la créature.
Si la mort n'était pas pénible et redoutable, elle ne serait pas le châtiment dernier et l'extrême moyen accordé à l'homme pour expier. Tant qu'il n'y eut pas la Faute, la mort ne fut pas une mort mais une dormition. Et là où il n'y eut pas de faute, il n'y eut pas de mort, comme pour la Très Sainte Vierge Marie.
Moi Je suis mort, parce que sur Moi était tout le Péché, et J'ai donc connu le dégoût de mourir.
« Père ! » Oh ! ce Dieu tant de fois mal aimé, ou aimé le dernier, après que le coeur eut aimé parents et amis, ou après avoir eu des amours plus indignes pour des créatures de vice, ou avoir aimé les choses comme si elles étaient des dieux, ce Dieu si souvent oublié, acceptant qu'on L'oublie, qui nous a laissés libres de L'oublier, qui a laissé faire, qui parfois a été tourné en dérision, tantôt maudit, tantôt nié, voilà qu'Il resurgit dans la pensée de l'homme et qu'Il reprend ses droits. Il tonne : « C'est Moi ! » et pour éviter que nous ne mourions d'épouvante face à la révélation de sa puissance, Il assouplit ce puissant « C'est Moi » avec un mot suave : « ton Père ».
« C'est Moi, ton Père ! » Ce n'est plus la terreur. Le sentiment qui se dégage de cette parole, c'est de l'abandon.
Moi, Moi qui devais mourir et qui comprenais ce que c'est que mourir, après avoir enseigné aux hommes à vivre en appelant « Père » le Très-Haut, voilà que Je vous ai appris à mourir sans frayeur, en appelant « Père » le Dieu qui, au milieu des spasmes de l'agonie, resurgit ou devient plus présent à l'esprit du moribond.
« Père ! » N'ayez pas de crainte ! Ne craignez pas, vous qui mourez, ce Dieu qui est Père ! Il n'avance pas en justicier armé d'une matraque et exposant des comptes. Il n'avance pas, vous arrachant cyniquement à la vie et à vos affections. Il vient ouvrant les bras et disant : « Reviens chez toi. Viens te reposer. Je te dédommagerai abondamment pour tout ce que tu quittes ici-bas. Aussi, Je te le promets, en Mon sein tu seras plus actif pour ceux que tu quittes, plus efficace que si tu demeurais ici-bas à lutter fiévreusement et, le plus souvent, sans récompense ».
Mais la mort est toujours douleur, douleur par la souffrance physique, douleur par la souffrance morale, douleur par la souffrance spirituelle.
Elle doit être douleur pour être moyen d'expiation ultime dans le temps. Je l'ai déjà dit.
Et dans un va-et-vient de brumes, qui tour à tour offusquent et dévoilent ce qu'on a aimé dans la vie et ce que l'on craint de l'au-delà, l'âme, la raison, le coeur, comme un navire pris dans une grande tempête, quittent des zones calmes - déjà plongées dans la paix du port désormais proche, visible, serein à un tel point qu'il donne déjà une quiétude béatifique et un sentiment de repos semblable au repos de celui qui, ayant presque terminé un dur travail, goûte la joie du repos imminent - et passent à des zones où la tempête les secoue, les frappe, les fait souffrir, craindre, gémir. C'est à nouveau le monde, le monde agité avec tous ses tentacules : la famille, les affaires, c'est l'angoisse de l'agonie, c'est l'effroi du dernier pas... Et après ? Et après ?... L'obscurité enveloppe la lumière, l'étouffe, siffle ses frayeurs. Le Ciel, où est-il désormais ? Pourquoi mourir ? Pourquoi être obligé de mourir ? Et déjà gazouille dans notre gorge le cri : « Je ne veux pas mourir ! »
Non, mes frères mourants... Mourir est chose juste et sainte, étant voulue par Dieu. Non. Ne criez pas ainsi ! Ce cri-là ne vient pas de votre âme. C'est l'Adversaire qui aiguillonne votre faiblesse pour vous pousser à le dire.
Changez ce cri rebelle et vil en un cri d'amour et de confiance : « Père, que ce calice s'éloigne de moi si possible ». Comme l'arc-en-ciel après l'orage, voilà que ce cri ramène la lumière, la tranquillité. Vous voyez à nouveau le Ciel, les raisons saintes de la mort, la récompense que constitue le décès, c'est-à-dire le retour au Père. Vous comprenez que même l'esprit a des droits, voire même que les droits de l'esprit dépassent ceux de la chair étant donné que l'esprit est immortel et de nature surnaturelle et que par conséquent il a priorité sur la chair. Dites alors la parole qui est absolution à tous vos péchés de refus : « Toutefois que ta volonté soit faite et non la mienne ». Voilà la paix, voilà la victoire. L'ange de Dieu se serre contre vous et vous réconforte puisque vous avez gagné la bataille, celle qui vous prépare à faire de votre mort un triomphe.

II. « Père, pardonne-leur ! »

C'est le moment de se dépouiller de tout ce qui constitue un poids, afin de voler plus joyeusement vers Dieu. Vous ne pouvez porter avec vous ni affections, ni richesses qui ne soient spirituelles et bonnes. Et il n'y a pas un seul homme qui meure sans avoir quelque chose à pardonner à l'un de ses semblables ou à plusieurs d'entre eux, et dans beaucoup de domaines, pour bien des raisons.
Quel est l'homme qui parvient à mourir sans avoir jamais souffert l'âpreté d'une trahison, d'une désaffection, d'un mensonge, d'une usure, d'un dommage quelconque de la part de ses amis, des membres de sa famille ou de sa parenté ? Eh bien ! c'est le moment de pardonner, afin d'être pardonné. Pardonner complètement, en laissant tomber non seulement la rancune, non seulement le souvenir, mais même la persuasion que notre courroux était fondé. C'est l'heure de la mort. Le temps, la terre, les affaires, les affections touchent à leur fin, deviennent « rien ». Désormais, il n'existe qu'une vérité : Dieu. A quoi bon donc porter au-delà du seuil ce qui appartient à ce côté-ci ?

Pardonner. Et puisqu'il est très difficile, trop difficile pour l'homme d'arriver à la perfection d'amour et de pardon qui est de ne dire même plus : « Pourtant moi j'avais bien raison », voilà que cette tâche de pardonner pour nous est transférée au Père. C'est à Lui que votre pardon est confié. Lui qui n'est pas homme, qui est parfait, qui est bon, qui est père, afin qu'il le purifie dans son Feu et le donne, rendu parfait, à celui qui mérite le pardon.

Pardonner, aux vivants et aux trépassés. Oui. Même aux trépassés qui pour nous ont été source de douleur. Leur mort a enlevé beaucoup d'aspérités au courroux des offensés. Parfois elle les a toutes enlevées. Mais le souvenir persiste. Ils ont fait souffrir, et on se souvient qu'ils ont fait souffrir. Ce souvenir est toujours une limite à notre pardon. Non. Plus maintenant. Maintenant la mort est sur le point d'enlever toute limite à l'esprit.
On fait son entrée dans l'infini. Enlever pour cela même ce souvenir qui limite le pardon. Pardonner, pardonner afin que l'âme n'ait ni poids, ni tourment de souvenirs, et puisse être en paix avec tous ses frères vivants ou pas, avant de rencontrer le Pacifique.
« Père, pardonne-leur ». Sainte humilité, doux amour du pardon donné, qui sous-entend le pardon demandé à Dieu pour les dettes contractées par nous-mêmes envers Lui et envers notre prochain, voilà l'attitude de celui qui demande pardon pour ses frères. Acte d'amour. Mourir dans un acte d'amour, c'est avoir l'indulgence de l'amour. Bienheureux ceux qui savent pardonner en réparation de toutes les duretés de leur cœur et de toutes leurs colères.

III. « Voici ton fils ! »

Voici ton fils ! Céder ce qui vous tient à cœur, le faire dans une sainte et prévoyante pensée. Céder ses affections, et se livrer à Dieu sans résistance. Ne pas envier ceux qui possèdent ce que nous quittons. Avec cette phrase, vous pouvez confier à Dieu tout ce que vous chérissez et que vous abandonnez, et tout ce qui vous inquiète, votre esprit même.

Rappeler au Père qu'il est Père. Mettre entre Ses mains l'esprit qui revient à sa Source. Dire : « Me voilà. C'est moi. Prends-moi avec Toi, car je me donne. Je me donne non par contrainte. Je me donne parce que je t'aime comme un fils qui revient à son père ».
Et dire : « Ceux qui me sont chers, les voici, je Te les donne. Mes affaires, les voici, ces mêmes affaires qui parfois m'ont poussé à être injuste, jaloux du prochain, et qui m'ont donné de T'oublier dans l'idée qu'elles étaient importantes - elles l'étaient, oui, mais moi je leur accordais une importance bien trop grande -, dans l'idée que cette importance était vitale pour le bien-être des miens, pour l'honneur et pour l'estime qu'elles me procuraient. J'ai cru ainsi que moi seul étais capable de les protéger. J'ai cru que j'étais nécessaire à leur accomplissement. Je vois maintenant... Je n'étais qu'un mécanisme infiniment petit dans l'organisme parfait de Ta Providence, et bien des fois un mécanisme imparfait qui gâchait le travail de l'organisme parfait. Maintenant que les lumières et les voix de la terre s'estompent et que le tout s'éloigne, je vois... j'entends... à quel point mes œuvres étaient insuffisantes, frustes, incomplètes ! A quel point elles étaient loin d'exprimer l'harmonie du Bien ! J'ai eu la présomption de penser que j'étais 'quelqu'un' de grand. C'était Toi - prévoyant, pourvoyant, saint - qui corrigeais providentiellement mes travaux et faisais en sorte qu'ils soient encore utiles. J'ai connu la présomption. Parfois j'ai même dit que Tu ne m'aimais pas, parce que je ne réussissais pas à obtenir ce que je voulais, pour être comme d'autres que j'enviais. Je vois maintenant. Pitié de moi ! »
Humble abandon, sentiment de gratitude envers la Providence, afin d'offrir réparation pour vos présomptions, vos avidités, vos jalousies, et pour avoir remplacé Dieu par les pauvres choses de la terre et avec la gourmandise des diverses richesses.

IV. « Souviens-Toi de moi ! »

Vous avez accepté le calice de la mort, vous avez pardonné, vous avez abandonné ce qui vous appartenait, et même votre propre personne. Vous avez mortifié beaucoup le moi de l'homme, vous avez énormément dégagé votre âme de ce qui déplaît à Dieu : esprit de rébellion, esprit de rancune, esprit d'avidité. Vous avez cédé votre vie, votre justice, vos propriétés, cette pauvre vie, cette plus pauvre justice, ces trois fois pauvres propriétés humaines, au Seigneur. Comme de nouveaux Jobs, vous gisez, languissants et dépouillés, devant Dieu. Vous pouvez dire alors : « Souviens-Toi de moi ».
Vous n'êtes plus rien. Vous n'êtes pas la santé, l'orgueil, la richesse. Désormais vous ne possédez même plus votre propre personne. Vous êtes chenille qui peut devenir papillon ou bien pourrir dans la prison de votre corps en infligeant une extrême et fatale blessure à votre esprit. Vous êtes de la boue qui redevient boue, ou bien de la boue qui se transforme en étoile, selon que vous préférez descendre dans le cloaque de l'Adversaire ou bien monter dans le tourbillon de Dieu. Votre dernière heure décide de votre vie éternelle. Ne l'oubliez pas. Et criez : « Souviens-Toi de moi ! »
Dieu attend ce cri de la part du pauvre Job pour le combler de biens dans son Royaume. Il est doux pour un Père de pardonner, intervenir, consoler. Il n'attend que ce cri pour vous dire : « Je suis avec toi, Mon fils. Ne crains rien ». Dites-la cette parole, comme réparation, pour toutes les fois qu'il vous est arrivé d'oublier le Père ou d'être trop orgueilleux.

V. « Mon Dieu, pourquoi m'as-Tu abandonné ? »

Parfois on a l'impression que le Père nous abandonne. Il n'a fait que Se cacher pour favoriser l'expiation et pardonner davantage. Est-ce que l'homme peut se plaindre en tempêtant pour cela, lui qui a tourné le dos à son Dieu un nombre infini de fois ? Et doit-il désespérer, parce que Dieu lui envoie des épreuves ?
Combien de choses vous avez mises dans votre cœur, qui n'étaient pas Dieu ! Combien de fois vous L'avez payé avec votre inertie ! Avec combien de choses vous L'avez refoulé et chassé ! Vous avez rempli votre cœur avec tout. Vous l'avez ensuite pourvu de ferrures pour mieux le barrer de l'intérieur de peur que Dieu, en y entrant, ne dérange votre paresseux quiétisme, ne purifie son temple en chassant dehors les usurpateurs. Tant que vous étiez dans le bonheur, quelle importance pour vous d'être avec Dieu ? Vous disiez : « J'ai tout déjà puisque je l'ai mérité ». Et lorsque le bonheur disparut, n'avez-vous jamais fui loin de Dieu en Lui attribuant la responsabilité de tous vos malheurs ?
Oh ! Mes injustes fils qui buvez le poison, et entrez dans les labyrinthes, et vous précipitez dans les crevasses et dans les nids des serpents et autres bêtes sauvages, et qui dites ensuite : « C'est Dieu le coupable ! ». Si Dieu n'était pas Père et Père très Saint, quelle réponse devrait-Il donner à la plainte de vos heures douloureuses si dans les heures de bonheur vous l'avez oublié ? Oh ! Fils injustes, qui auriez la prétention, coupables comme vous êtes, d'être traités comme le Fils de Dieu ne fut pas traité à l'heure de l'holocauste, dites, qui a été le plus délaissé ? N'est-ce pas le Christ, l'Innocent, Celui qui, pour sauver, a accepté l'abandon absolu de la part de Dieu, après L'avoir aimé activement et toujours ? Et vous, n'avez-vous pas ce nom de « chrétiens » ? Et n'avez-vous pas le devoir de vous sauver au moins vous-mêmes ? Il n'y a pas de salut dans la paresse trouble et auto-satisfaite qui craint de se faire déranger si elle accueille l'Actif par excellence.
Imitez alors le Christ, en lançant ce cri au moment de l'angoisse la plus forte. Mais veillez à ce que la note de votre cri soit une note de mansuétude et d'humilité, non un ton de blasphème et de reproche. « Pourquoi m'as-Tu abandonné, Toi qui sais que sans Toi je ne peux rien ? Viens, ô Père, viens me sauver, viens me donner la force de me sauver moi-même, car les étreintes de la mort sont horrifiantes, et l'Adversaire en augmente à dessein la puissance, me siffle que Tu ne m'aimes plus. Fais que je puisse t'entendre, ô Père, non pour mes mérites mais en raison même du fait que je n'en ai pas, que je suis un rien, quelqu'un qui ne sait pas vaincre s'il est seul, et qui comprend, maintenant, que la vie c'était du travail pour le Ciel. »
Malheur aux gens seuls, est-il dit. Malheur à celui qui est seul à l'heure de la mort, seul avec soi-même contre Satan et sa propre chair ! Mais n'ayez pas peur. Si vous appelez le Père, Il viendra. Et ces humbles invocations auront un effet expiatoire pour ces torpeurs coupables, pour ces actes de fausse piété, pour cet amour déréglé de soi, générateur de passivité.

VI. « J'ai soif ! »

Oui, vraiment, lorsqu'on est parvenu à comprendre la vraie valeur de la vie éternelle comparée au clinquant de la vie terrestre, quand la purification engendrée par la douleur et la mort est acceptée comme une sainte obéissance, et que l'on a grandi en sagesse et en grâce auprès de Dieu en quelques heures, parfois en quelques minutes, plus que nous n'ayons su le faire en plusieurs années de notre vie, une soif intense d'eau spirituelle et de choses célestes nous envahit. Les convoitises engendrées par toutes les soifs humaines sont vaincues. C'est la soif surnaturelle de la possession de Dieu qui nous prend. La soif de l'amour. L'âme aspire ardemment vers l'Amour pour le boire et pour en être bue. Comme une pluie tombée sur la terre et qui ne veut pas devenir de la boue mais redevenir nuage, l'âme aspire maintenant à remonter là d'où elle est descendue. La coquille de la chair étant presque brisée, la prisonnière sent le parfum de l'air de son Lieu d'origine et elle y tend de toutes ses forces.
Quel est ce pèlerin épuisé qui, après bien des années, apercevant tout proches les lieux de sa naissance, ne ramène à soi ses forces et ne poursuit son chemin avec empressement et ténacité, insouciant de tout sauf d'arriver là d'où il était parti un jour, en y laissant tout son bien véritable, sachant maintenant avec certitude qu'il le retrouvera et l'appréciera encore davantage, ayant fait l'expérience du bien périssable, qui ne rassasie pas, trouvé dans les régions de l'exil ?
« J'ai soif. » Soif de Toi, mon Dieu. Soif de T'avoir. Soif de Te posséder. Soif de Te donner. Parce que, parvenu aux limites qui séparent la terre et le Ciel, déjà on sait comprendre l'amour du prochain comme il doit l'être et l'on est saisi par un désir d'action dans le but de donner Dieu aux proches que l'on quitte. Vénérable labeur des saints qui deviennent des épis pour avoir accepté de mourir. Ces saints se transforment en amour pour donner de l'amour et pour faire aimer Dieu par ceux qui demeurent sur la terre à lutter.
« J'ai soif. » Il ne reste plus qu'une sorte d'eau capable de désaltérer l'âme parvenue au seuil de la Vie : l'Eau vive, Dieu Lui-même, l'Amour vrai : Dieu Lui-même, l'Amour qui s'oppose à l'égoïsme.
L'égoïsme chez les justes est mort avant la chair, et c'est l'amour qui règne. Et l'amour crie : « J'ai soif de Toi et soif d'âmes. Sauver. Aimer. Mourir pour être libre d'aimer et de sauver. Mourir pour naître. Tout laisser pour tout posséder. Renoncer à toute douceur, à tout confort parce que tout est vanité ici-bas, et l'âme n'aspire plus qu'à s'immerger dans le fleuve, dans l'océan de la Divinité, à boire à cette Source, à être dans cette Source, assouvie pour toujours parce que la Source de la Vie l'aura accueillie ». Avoir cette soif pour réparer les manques d'amour et les actes de luxure.

VII. « Tout est consommé ! »

Tous les renoncements, toutes les souffrances, toutes les épreuves, les luttes, les victoires, les actes d'offrande : tout. Désormais, il ne reste plus qu'à se présenter devant Dieu. Le temps accordé à la créature pour devenir un dieu, et à Satan pour l'induire en tentation, est parvenu à son terme. Cesse la douleur, cesse l'épreuve, cesse la lutte. Il ne reste que le jugement, suivi de l'amoureuse purification ou bien de l'immédiate et extrême béatitude du Ciel. Mais tout ce qui est la terre, tout ce qui est volonté humaine, prend fin. Tout est consommé ! C'est la parole de la totale résignation ou de la joyeuse constatation que l'épreuve est terminée et l'holocauste consommé.
Je ne prends pas en considération ceux qui meurent en état de péché mortel et qui ne disent pas, eux, « tout est consommé » ; mais le disent pour eux, avec un cri de victoire d'un côté et avec des larmes de douleur de l'autre, l'ange des ténèbres, victorieux, et l'ange gardien, vaincu.
Moi, je m'adresse plutôt aux pécheurs repentis, aux bons chrétiens ou aux héros de la vertu. Ceux-là, toujours plus vivants dans leur esprit au fur et à mesure que la mort gagne leur chair, murmurent ou crient, résignés ou joyeux : « Tout est consommé. Le sacrifice est à sa fin. Prends-le en guise d'expiation ! Prends-le comme expression de mon amour ! » C'est ainsi que les esprits s'expriment dans leur avant-dernière locution, selon ce que la mort représente pour eux : une loi générale ou bien une occasion de s'offrir comme âmes victimes, en un sacrifice volontaire.
Mais aussi bien les uns que les autres, étant désormais parvenus à se libérer de la matière, laissent aller leur esprit dans le cœur de Dieu en disant : « Père, entre Tes mains je remets mon esprit ».
« Maria, sais-tu ce que c'est que mourir avec des sentiments de cette élévation dans le cœur ? C'est s'éteindre dans le baiser de Dieu. Des prières de préparation à la mort, il y en a plusieurs. Mais crois-Moi, celle-ci, sur Mes paroles, dans sa simplicité, elle est la plus sainte. »
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