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Notre Dame du Signe


Sainte Thérèse : La petite fille gâtée et capricieuse devenant une carmélite docile et obéissante

On semblait être arrivé au bout de la connaissance de Thérèse avec l'édition critique intégrale de ses oeuvres, menée à bien par la grande équipe des éditions du Cerf depuis près d'un demi-siècle. La petite sainte ensevelie sous de fragiles pétales de roses avait progressivement révélé qu'elle était à l'épreuve de la critique. Elle manifestait aux plus exigeants une cohérence, une profondeur, un dynamisme qui coupent le souffle. On commence à la considérer comme le plus grand peut-être des Docteurs de l'Eglise, car elle révèle l'Evangile même dans la vie, en deçà de tant de superstructures dogmatiques, mystiques ou autres, qui mèlent la profondeur et l'artifice, aujourd'hui discutées, car notre époque décapante se pose des questions jusque sur la cartographie des demeures et châteaux de Thérèse d'Avila (la patronne de la petite sainte de Lisieux) et de Saint Jean de la Croix. L'extraordinaire chez Thérèse, c'est que sa doctrine c'est l'Evangile seul, la foi seule, l'amour seul, non pas repensé par abstraction ou construction, mais intégralement vécu en pure coïncidence avec une expérience limpide dans le style même de l'Evangile. Son épure a la densité que le Christ appelait de ses voeux en demandant à son Père: "Qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en abondance." Thérèse, c'est la vie divine répandue et communiquée, limpide et démocratisée, en deçà de tous les intellectualismes qui pourtant s'y retrouvent quand ils tentent d'analyser sa simplicité dont l'architecture vitale s'impose. Pie XI avait pressenti l'immensité de la petite sainte. Il l'avait canonisée du vivant de ses soeurs et avait proclamé cette gamine morte dans son étroite clôture, sans en être jamais sortie, patronne des missions à l'égal de Saint François Xavier. Sa prière rejoignait ce voyageur à partir du coeur même de Dieu et de l'elan sauveur du Christ. Au niveau des recherches, le Père Combes, spirituel et chercheur averti, lui avait appliqué une mêthode d'analyse qui découvrait, à l'intérieur du style simple, la cohérence mystique, théologique, réformatrice, inouïe. Il avait dégagé la profondeur et la nouveauté d'une doctrine non moins authentique que celle, aujourd'hui relativisée, voire discutée, de sa patronne: Thérèse d'Avila. Il avait discerné dans ses écrits de jeune mourante, si calme devant l'échéance assortie de terribles épreuves de foi, un sommet spirituel, mystique mais aussi doctrinal, inhérent à son dépouillement, à sa simplicité, à sa naïveté même. Thérèse constitue dans l'histoire de l'Eglise et de la mystique une étape prophétique à dimension théologique. Et depuis lors, nous découvrons à quel point elle est l'inspiration et la source la plus profonde des renouveaux qui ont suivi au XXe siècle, et du Concile même. Au témoignage de sa fille, transmis par le Père Pichard, O P, Henri Bergson (mort en 1941) l'avait bien perçue comme une mystique de première grandeur. Elle l'avait personnellement frappé plus encore que les grands, déjà reconnus par l'Université, mais son livre: Les Deux Sources était trop audacieux. En marge de la philosophie universitaire, il prouvait Dieu par le témoignage des saints. En marge de la théologie, il ne respectait pas la sacro-sainte distinction du naturel et du surnaturel. L'Eglise venait de mettre toute son oeuvre à l'index. Il se devait d'être prudent à l'heure où la petite sainte était encore considérée comme un mythe populaire et une variante du style Saint-Sulpice. Il restait un long travail à faire pour la sonder, la découvrir et la dédouaner. Sa limpidité déconcertait les doctes. Elle paraissait méprisable. Au plan historique, François de Sainte-Marie, qui fit la première étape, avait réalisé l'édition princeps des trois manuscrits de Thérèse à l'état pur. A sa mort, à l'initiative du Pére Bro, Monsieur Longchamp et Soeur Cécile avaient réalisé l'édition originale des trois manuscrits puis l'édition intégrale des documents les plus variés, que la vitalité de Thérèse avait produits en l'enclos étroit de son carmel: poèmes, jeux dramatiques pour la récréation de la communauté, correspondance, et l'édition critique de ses dernières paroles, notées sur son lit de mort. L'entourage perspicace avait perçu intuitivement, par connaturalité de vie, que ces paroles à bout de souffle étaient Lumière. L'oeuvre fondamentale reste les trois manuscrits que le Père François de Sainte-Marie appelait A, B, C. Thérèse y raconte sa vie spirituelle en actes par Dieu qui est Acte pur. L'acte de Dieu, c'est l'amour. Il devient dans l'homme la loi intérieure qui accomplit et dépasse toute la loi extérieure selon le Nouveau Testament. On avait réalisé une concordance de tous les mots sortis de la plume de Thérèse (sur le modèle des concordances bibliques). Cela facilite l'étude d'une doctrine où le sens et la fréquence même de chaque mot ont leur importance. Une seule mésaventure ampute cet important travail. Comme l'éditeur de l'heure jugeait le livre trop gros, on supprima des mots. On garda "petit" mais on supprima "grand", comme si ce mot était moins représentatif de la petite sainte. Quoi qu'il en soit, tout était fait de manière exhaustive et critique. Il pouvait sembler qu'il ne restait plus rien à faire.
Un parachute venu de Belgique Eh bien non! voici que les éditions peu connues d'un carmel belge et même flamand, Moezzke, publient ces oeuvres, avec préface du Cardinal Danneels. Il apporte un renouvellement aussi multiple qu'inattendu. Un renouvellement multiple mais qui vient le plus, comme toujours, du fonds spirituel. L'auteur, le Père Conrad de Meester, maître discret et laborieux autant que limpide, a repris l'analyse de Thérèse de l'intérieur: du fait qu'il vit de sa doctrine et en fait vivre les couvents contemplatifs dont il prêche les retraites. Et c'est dans ce climat qu'il a poussé jusqu'au bout la pénétration de la toujours jeune sainte, telle qu'à vingt-quatre ans l'éternité la change. Les JMJ s'y sont reconnues. La nouvelle édition de L'Histoire d'une âme est accompagnée de notes nourrissantes qui apportent pas à pas des précisions neuves, y compris sur le terrain historique. Leur apport, c'est une nouvelle pénétration spirituelle. De plus, cette étude, contemplative pour le fond, et soucieuse d'atteindre l'expérience même de Thérèse, en deçà de sa prise de conscience doctrinale, apporte un progrès dans l'édition même de l'autobiographie. Ce progrès va jusqu'à de nouvelles précisions que de Meester détaille en 15 points (p. 49-51) par une typographie qui reflète les nuances des manuscrits. La nouvelle édition est fidèle à la ponctuation, elle a élaboré des options optimales sur les majuscules, les alinéas, les soulignements et doubles soulignements de Thérèse, les mots en écriture penchée, etc. Seules les fautes d'orthographe ont été corrigées selon le désir exprimé par Thérèse elle-même. En deçà des minutieuses précisions de cette typographie diagramme, Conrad de Meester a révisé le titre factice adopté par le Père François de Sainte-Marie, respecté par ses continuateurs avertis: Manuscrits autobiographiques. C'était alors utile pour donner un label scientifique à l'édition et à Thérèse elle-même, en époussetant les pétales... Mais jamais elle n'a employé ce mot savant et relevé. Elle n'a voulu exprimer spontanément qu'une action de grâces assortie des conseils souhaités par le destinataire. Le titre reluisant choisi pour dédouaner le piétisme vieux jeu et le style Saint-Sulpice est moins fidèle que le titre primitif adopté par les soeurs de Thérèse (si vilipendées aujourd'hui): Histoire d'une âme. C'est en ces termes que Thérèse désigne l'oeuvre improvisée dans les circonstances dramatiques que précise, de manière nouvelle, le Père Conrad de Meester. Autre surprise: l'option rapide du Père François de Sainte-Marie pour l'ordonnance des trois manuscrits A, B, puis C, avait faussé l'ordre et la désignation même des trois manuscrits provoqués et recueillis par les soeurs de Thérèse. Il en rétablit l'ordre chronologique comme le sens:
1. Le premier manuscrit, A, lui fut demandé par Soeur Agnès (sa soeur Pauline, alors prieure), sa confidente et le modèle de son enfance en 1895.
2. Le manuscrit C lui fut demandé le 2 juin 1897 par Mère Marie de Gonzague, supérieure, pour préparer la circulaire nécrologique, à l'approche de sa mort. C'est à ce moment que Pauline vient d'apprendre, avec grande amertume, les deux hémoptysies d'avril 1896 que Thérèse lui a si longtemps cachées. Ce premier secret de sa transparence avait retardé les chances de la soigner. C'est la suite récapitulative de l'Histoire de son âme. "J'achève (...) de chanter les miséricordes du seigneur" commence-t-elle (p. 249). Elle le fait de manière plus récapitulative, avec plus de recul.
3. Quant au manuscrit B, demandé à Thérèse par sa soeur Marie, l'aînée de la famille (Mère Marie du Sacré-Coeur), il est écrit à partir de septembre 1896, il n'a rien à voir avec une autobiographie ou des sources chronologiques. C'est le fond même de sa doctrine spirituelle que Thérèse dégage, à la demande de sa soeur qui le pressent, mais à du mal à le comprendre dans sa vie quotidienne déconcertée par l'épreuve. Le Père de Meester a changé les sigles des 3 manuscrits: non plus A, B, C (qui avait à vrai dire l'avantage de refléter l'ordre chronologique) mais A, G, M, qui sont les initiales des trois correspondantes. Ainsi la lettre A n'a point changé puisque la première destinataire s'appelle Agnès. Mais pourquoi le Père de Meester a-t-il renoncé à l'ordre chronologique de l'édition princeps? Tout simplement parce que le manuscrit demandé par Mère Marie de Gonzague se présente comme la suite et le complément du premier manuscrit, tandis que le manuscrit remis à Marie constitue une véritable conclusion. Il était donc raisonnable de ne pas dissocier L'Histoire d'une âme de sa suite, et de donner au bref manuscrit de septembre 1896 son caractère conclusif. Le manuscrit rédigé à la demande de Marie, embarrassée de suivre la doctrine de sa petite soeur, est bien la conclusion de l'oeuvre. Thérèse y a pris un recul transcendant que couronne, comme un épilogue, son offrande en victime d'holocauste à l'Amour miséricordieux. Thérèse y reconvertit le généreux courant mystique du XIXe sicle: l'offrande comme victime d'holocauste à la justice de Dieu pour réparer les affronts des pécheurs. Thérèse ne voulait pas donner moins. Sa générosité sans bornes était attirée par ce courant, mais elle y entre en le renouvelant profondément par un double dépassement du dolorisme et d'une représentation inconsciemment cruelle de la Justice de Dieu. Bref, tout en poussant la rigueur scientifique des deux éditions précédentes (François de Sainte-Marie puis Longchamp-Soeur Cécile), le Père de Meester la décante et l'approfondit par ses notes, grâce à un nouveau regard, plus intérieur, qui procure un nouvel accès purement spirituel. En même temps, tout en manifestant objectivement la limite des premières éditions prises comme tête de Turc jusqu'ici, le Père de Meester souligne leur mérite fondateur. Les soeurs de Thérèse avaient non seulement suscité ses écrits, mais avaient entrepris l'édition du vivant même de Thérèse, et à son contact. Elles déclenchèrent la découverte de la petite sainte et l'ouragan de gloire qui permit tout le reste. La rigueur après la ferveur. On a débiné le travail de ces femmes intelligentes et perspicaces, mais si les soeurs de Thérèse ont adapté ses écrits, c'était en partie par prudence, en un temps où la censure de l'Eglise était sévère et souvent inattendue. Elles ont veillé au grain, mais elles ont bien reçu l'essentiel des intentions de Thérèse. François de Sainte-Marie a compté 7 000 retouches apportées au manuscrit de Thérèse. Cela paraissait monstrueux, comme un ensevelissement de Thérèse sous le masque de Pauline. Mais ce chiffre n'a guère de sens, car la première publication n'était aucunement une édition de manuscrits, mais une biographie de Thérèse, composée par sa soeur sur la base des trois manuscrits avec addition de souvenirs empruntés à d'autres écrits. L'édition du Père François de Sainte-Marie, qui repartait avec raison des manuscrits originaux, n'était donc pas, comme il semblait, l'épuration d'un texte corrigé, mais l'édition princeps des sources: l'écrit original de Thérèse, inédit jusque-là. Comme expert, chroniqueur et premier historien du Concile (parallèlement au Père Wenger), j'ai mesuré, en écrivant pour le centenaire de sa naissance Thérèse de Lisieux, mythes ou réalité? (Beauchesne, 1973), la profonde influence qu'elle a exercée sur Vatican II: non point littéraire, mais elle fut le grand souffle spirituel, ressaisi par les meilleurs théologiens, qui a déterminé les grands axes de Vatican II. J'avais analysé historiquement, au début du Concile, les grands courants théologiques légitimes qui appelaient le renouvellement du juridisme et du formalisme préconciliaires, notamment les renouveaux biblique, liturgique, missionnaire qui invitaient à ressourcer et à repenser une carapace et une sclérose chroniques. Thérèse a influencé ces trois mouvements confluents. Elle avait soif du renouveau biblique, elle regrettait de ne point disposer de la Bible tout entière qu'on n'éditait alors qu'en latin pour les doctes en la confisquant à l'usage du dauphin. Elle aurait voulu apprendre l'hébreu et n'en a pas eu les moyens, mais sa profondeur spirituelle a su, à travers des morceaux choisis (qui d'ailleurs n'étaient pas si mal choisis), découvrir les grands axes et les grands courants qui ont restructuré de l'intérieur le Concile. Elle pénétrait de même la liturgie au travers du latin et d'écrans protecteurs multipliés. Elle aurait aimé plus de participation. Mais du fond de son carmel, son élan missionnaire avait pu passer à l'acte, au-delà même de sa prière intense, par sa correspondance exemplaire avec deux missionnaires, ce qui justifia formellement le choix de Pie XI lorsqu'il la fit patronne des missions, en 1927 (elle n'aurait eu alors que cinquante-quatre ans). Dès 1923 Pie XI voyait en elle l'étoile de son pontificat. Il avait ainsi favorisé sa percée à la lumière de ce qu'avaient perçu les experts et commissaires du procès de canonisation. Plus profondément, elle a réconcilié la spiritualité et la théologie dissociées, à partir de la spiritualité même à laquelle elle a rendu une dimension profondément théologique. Et surtout, elle a tout recentré sur l'essentiel, c'est-à-dire l'amour, l'Amour divin, l'Agapé comme l'appelle le Nouveau Testament, c'est-à-dire l'amour-don, incandescence, bienveillance, générosité, miséricorde, perpétuel renflouement du mal par son entraînante et pénétrante dilection. Thérèse l'a perçu (selon l'Evangile même) non comme théorie, mais comme vécu, et elle l'a communiqué: "Ma vocation c'est l'amour, Dans le coeur de l'Eglise je serai l'amour" (Ms 3 verso). Cette inspiration commande tous ses renouvellements et ceux mêmes du Concile, dans la mesure où il a réussi à la mettre en oeuvre. C'est selon cette inspiration que Thérèse a réagi, de l'intérieur, contre les scléroses de son temps. Elle a protesté contre les gonflements artificiels de la Vierge Marie par la mariologie des Gloires, elle a balayé courageusement de faux privilèges comme la vision béatifique permanente dès ici-bas, ou une science universelle, ou l'exemption de toute souffrance. Elle a redécouvert, dans l'Evangile même, que Marie était aimée de Dieu pour sa petitesse, comme servante et pauvre, selon la définition qu'elle donne d'elle-même avec insistance. Elle a redécouvert l'Eglise corps mystique, au-delà du juridisme, sans diminuer pour autant l'importance spécifique de la hiérarchie et de l'autorité, dont elle percevait même les duretés abusives comme une source d'enrichissement: Mère Marie de Gonzague était inspirée (lui confie-t-elle) d'avoir été si dure avec elle, et elle souligne deux fois le mot "dur". Elle a relancé l'Esprit-Saint en un temps où il était particulièrement marginalisé. Elle en parle dix fois dans L'Histoire d'une âme, sept fois dans sa correspondance, sept fois dans ses Derniers Entretiens. Ce n'est pas quantitativement remarquable, mais les textes sont justes et renouvelés. Elle s'exprime d'une manière qui donne un sens à tout le reste. Il est l'Esprit d'amour. Elle a renouvelé le sens eschatologique. On se représentait l'Au-delà en contraste avec le présent. Elle dit au contraire: "Le ciel est dans mon âme" (A 35 verso), car "mon ciel n'est autre que l'amour". Le ciel n'est pas statique mais dynamique. Il n'est pas repos passif mais action surefficace. Elle ira partout où on aura besoin d'elle. Elle veut passer son "ciel à faire du bien sur la terre". A Vatican II, la rédaction du chapitre VIII de la constitution Lumen gentium, décidée tardivement, fut aussi un effort de dépouillement analogue à celui de Thérèse, dans son sillage. Bref, le Concile, à la suite de Pie XI, a bénéficié du souffle de Thérèse sans aller toujours jusqu'au bout de son dynamisme exceptionnel. C'est dans ce sens qu'il y a encore aujourd'hui beaucoup à faire pour repartir de son inspiration: celle-là même de l'Evangile, repensée en profondeur pour notre temps, depuis son étroite clôture et dans sa nuit spirituelle, car elle finit dans la souffrance, assaillie par les doutes et tentations des pécheurs, solidaire de leur enfer par l'admirable échange qu'avait réalisé, à la suite du Christ, son offrande en holocauste à l'Amour miséricordieux.
René Laurentin


Rencontre surréaliste : Sainte Thérèse de Lisieux et la Môme Piaf


Toute sa vie Edith Piaf a prié, elle ne se séparait jamais de la photo de Thérèse et de L'Histoire d'une âme, elle s'est rendue de nombreuses fois à Lisieux.

Notre Dame du Perpétuel Secours


L'icône lors de sa restauration de 1866 (les couronnes).


Qui ne connaît, sous une variante ou une autre, cette image reproduite à des millions d'exemplaires? Il ne s'agit pas d'un tableau quelconque, mais d'une icône (image, en grec) destinée au culte de style byzantin, or l'église d'Orient ne prétend (ait) pas à une peinture réaliste, mais à refléter l'esprit, le contenu théologique de la représentation. Peinture en détrempe sur bois de cêdre, l'original se trouve à Rome, en l'église du Très-Saint-Rédempteur et de Saint- Alphonse-de-Ligori, via Merulana. Il ne semble pas inutile, en ce joli mois de "mai, mois de Marie", de nous pencher sur son histoire et sa signification (1). Il s'agit de la version, venue de Byzance ou élaborée en Crête, la plus ancienne connue puisque antérieure au XIIIe siècle, de la Strastnaia (Vierge de la Passion ou souffrante), dérivée du moine-peintre S. Lazare de Byzance. Qui introduisit, dans les icônes de la Vierge à l'Enfant, les deux anges miniatures, portant les instruments de la Passion: la lance et le roseau à l'éponge, pour Saint Michel, à gauche; la croix et quatre clous pour Saint Gabriel, à droite. Antérieure au XIIIe siècle, où les codes de couleurs changèrent, elle nous présente Marie vétue d'une tunique rouge (royauté) et d'un manteau-cape bleu (humanité) ; l'Enfant, âgé de six à huit ans, porte une tunique verte (humilité) recouverte d'un manteau rouge (royauté et sacrifice) et or (divinité). Effrayé à la vue des instruments de la Passion, d'un mouvement brusque – au point qu'il en perd sa sandale – l'Enfant se réfugie sur la poitrine de sa Mère et s'accroche à sa main. Celle-ci le caresse d'une main, tandis qu'Elle se tourne vers le spectateur, vers nous tous, montrant toute l'inquiétude et la tristesse de son visage. Pressentiment, intuition livrés à notre méditation et liés à l'épisode du vieillard Siméon, lors de la Présentation au Temple – "Et un glaive de douleur te transpercera le coeur"? Sur fond or, des inscriptions désignent Marie, Mère de Dieu, sorte de titre du tableau qui rappelle la proclamation du Concile d'éphèse, en 431. Plus bas, l'archange Saint Michel et l'archange Gabriel. Près du visage de l'Enfant, IC XC, Jésus-Christ. Ce n'est que lors de sa restauration par le peintre polonais L. Nowotny, en 1866, que furent rajoutés une croix carrée, près de l'étoile, sur le front de Notre-Dame et des plis d'or à son Manteau. Puis, en 1867, les couronnes d'or et de pierres précieuses sur les deux têtes de la Mère et de l'Enfant, pour le couronnement canonique du 23 juin (mais sa fête est fixée au 27 juin). F. Ferrero écrit, dans son étude de 1866: "Du titre même ainsi que des personnages de notre icône découlent tous les éléments de la dévotion à Notre-Dame du PerpŽtuel Secours. Le rôle maternel de Marie y est fortement souligné ainsi que sa place dans notre Rédemption. Aussi beaucoup d'artistes et de prédicateurs ont vu dans cette icône une expression vivante de la miséricorde et de la bonté de la Mère de Dieu à notre égard, car elle regarde nos misères avec tant de pitié et elle vient sans cesse à notre secours."
De la Crête à Rome Des manuscrits anciens relatent l'histoire rocambolesque de cette icône. Le franciscain Mariano de Florence dans Itinerarium urbis Romae (Itinéraires dans la ville de Rome, 1 518), ainsi que des copies italiennes et espagnoles des panneaux sur plaques de bois longtemps apposés près d'elle, pendant la période de 1499 à 1798. Le tableau fut honoré sur le maître-autel de l'ancienne église de San Mateo (Matthieu, à Rome), alors confiée aux Augustins – mais qui devait être détruite en 1798, avec 29 autres églises, sur ordre du général napoléonien Masséna. Selon ces manuscrits, un marchand crétois aurait volé à Lassithi (2) une image qui faisait beaucoup de miracles dans une église de son île. La cachant dans ses bagages, il embarqua. Un an plus tard, et réchappé d'une terrible tempête, il arrive à Rome (entre 1480 et 1490). Tombé malade, il est accueilli par un ami qui prend soin de lui. Se voyant mourir, il confesse comment il a dérobé l'image miraculeuse et demande une ultime faveur: "Ma mort imminente m'empêche de porter ce tableau où je pensais le faire. Occupe-toi, je te prie, de le faire mettre dans une église où il sera honoré publiquement." Son épouse préfére pourtant garder dans sa chambre l'image effectivement retrouvée dans les bagages du défunt. Neuf mois plus tard, la Vierge apparaît en rêve à l'ami et demande "qu'on la place dans un lieu plus digne". Malgré un second rêve, l'ami n'en fait rien. Alors, Marie l'avertit que "si on ne la place pas dans une église, cela tournera mal". Effrayé, il raconte l'affaire à son épouse, lui demandant d'aller remettre l'icône. Mais l'épouse se rebiffe: n'étant pas païenne mais chrétienne, elle peut bien garder une statue chez elle. L'homme cède. Mais voici que Marie revient : "Je t'ai averti et même menacé à plusieurs reprises de me sortir d'ici et tu n'as pas voulu me croire. Je vois qu'il faut que tu sortes d'abord, pour que je puisse ensuite trouver un lieu plus digne." Tombé malade à son tour, l'homme meurt lui aussi. Quelque temps plus tard, la Vierge se manifeste à l'une de ses filles,âgée de six ans: "Dis à ta mère et à ton grand-père: Sainte Marie du Perpétuel Secours vous ordonne de la sortir de chez vous, sinon vous mourrez tous bientôt." Dernière partie qui était soulignée sur le panneau de bois recopié dans les manuscrits. L'advocation est donnée par la Mère de Dieu elle-même. La Vierge du Bon Secours était alors connue de l'église latine. L'enfant convainquit d'autant plus aisément sa mère que celle-ci avait eu la même vision. Tremblant et pleurant à l'idée qu'elle avait causé la mort de son mari – on ne détourne pas impunément les choses de Dieu –, elle décide d'obtempérer et de la porter aux Augustins de l'église Saint-Matthieu. Pourtant, une voisine l'en dissuade: "Il faut être idiot pour croire à ces choses. La Vierge Marie est au Ciel et ne se préoccupe nullement de ce que nous faisons de ses images. Si tu la jettes au feu, elle brûlera comme n'importe quel objet de bois. Puisque tu as tellement peur, eh bien, donne-la moi!" Mais l'après-midi même, la voisine est prise d'un étrange malaise dont elle ne guérira qu'après avoir fait une promesse à la Vierge. Finalement, la Vierge s'en revient visiter la fillette, lui disant de transmettre à sa mère que "son image devait être placée entre sa chère église Sainte- Marie-Majeure et celle de son cher fils adoptif Saint Jean (de Latran), dans une église consacrée à l'apôtre Saint Matthieu". Obéissant enfin, la mère prend contact avec les Augustins (qui s'occupaient alors de l'église Saint-Matthieu) et, le 27 mars ou mai (l'inscription est peu lisible) 1449, l'icône y est menée par le clergé, en présence du peuple des fidèles. Lors de cette translation, premier miracle connu de cette icône en Occident : un homme paralysé du bras et du côté droit, qui s'en remet humblement à Dieu et à sa Mère en faisant une promesse, est guéri sur- le-champ. Mais Saint-Matthieu est une église pauvre dans un quartier dépeuplé: culte et signes demeurent locaux.
Perdue puis retrouvée par les Rédemptoristes L'icône de Notre-Dame du Perpétuel Secours resta donc exposée sur l'autel majeur jusqu'à ce que l'église Saint- Matthieu soit rasée par Masséna (1798). La communauté des Augustins s'en fut pour certains en Irlande et pour d'autres à Saint-Eusèbe, emportant avec elle la précieuse icône; puis à Sainte-Marie-in-Posterula (près du Castel sant'Angelo), aujourd'hui disparue aussi. Mais, comme on y vénérait déjà Notre-Dame de la Grâce, ils placèrent l'icône dans un oratoire privé où l'on perdit sa mémoire. Il fallut un fait providentiel pour la retrouver. Les jésuites de l'église du Gesu préchaient tous les samedis sur des thèmes mariaux. Ainsi, le Père Francisco Blosi, S.J., parla de la Madone du Perpétuel Secours dans un sermon du 7 février 1863 (selon une homélie d'un autre jésuite, du 31 août 1715, soit cent cinquante ans auparavant). Regrettant qu'on en ait perdu la trace, depuis soixante-dix ans alors, il s'exclama: "Plaise-t-il à Dieu que parmi mes auditeurs, quelqu'un sache où elle a atterri et qu'il avertisse celui qui la cache que le désir de la Mère de Dieu est d'être vénèrée dans une église, entre Sainte Marie Majeure et Saint Jean de Latran." Justement, un certain Père Miguel Marchi, rédemptoriste, en entendit parler: il savait bien où elle se trouvait, puisque encore enfant, il avait souvent servi la messe dans l'oratoire où était l'icône. Il s'en souvenait : le dernier des Augustins de l'époque, Frère Augustino Orsetti, lui avait recommandé de ne pas oublier que cette image négligée et empoussiérée était l'icône miraculeuse réchappée de Saint-Matthieu. Deux ans plus tard, le Supérieur général des Rédemptoristes, le Père Nicolas Mauron, sollicite du pape Pie IX de confier à la nouvelle église du Très- Saint-Rédempteur et de saint-Alphonse-de-Ligori – consacrée en mai 1859, près de l'ancienne Saint-Matthieu –, la représentation de Notre-Dame du Perpétuel Secours dont les Augustins, de leur côté, ne voulaient toujours pas se séparer. Le Pape Pie IX, dont la de-vise était de rechercher la plus grande gloire de Marie, accepta aussitôt, offrant en compensation à la "microscopique" communauté des Augustins une copie authentique et un don de 50 escudos. C'est ainsi que l'icône, restaurée en 1866, fut de nouveau exposée au culte public, en l'église du Saint-Rédempteur et Saint-Alphonse-Marie- de-Ligori, via Merulana, dès le 26 avril, avec procession solennelle et triduum. Nouvelle procession l'année suivante pour le couronnement canonique, le 23 juin – même si sa fête est fixée au 27 juin avec office et messe propre. Ainsi confiée à un institut missionnaire en pleine expansion, la notoriété de Notre-Dame du Perpétuel Secours allait connaître un essor prodigieux.
Des Rédemptoristes au monde entier Leur remettant l'icône, le pape Pie IX enjoignit aux Rédemptoristes: "Donnez-la à connaître au monde entier." Comme le fait remarquer le Père J-L de Urrutia, "on peut considérer, en outre, que c'était là un cadeau délicat de la Vierge aux fils de Saint-Alphonse-Marie-de-Ligori, l'auteur des Gloires de Marie grâce auquel il avait souligné son rôle de médiatrice universelle: "Il est impossible que celui qui a dévotion pour Marie, qui la sert et implore son secours, soit damné" (c.8) . "Dame qui toujours, lorsque je t'appelle à mon secours, ne tarde pas à venir, puisque en toutes les tentations qui m'assaillent et en toutes les nécessités où je me vois, je me propose d'avoir recours à toi, en suppliant Marie, Marie." (c.10). Mieux encore: "Avec ses secours, Elle accourt à la rencontre de ceux qui désirent sa protection. Autant dire qu'Elle nous obtient de Dieu une foule de grâces avant même que nous ne les lui demandions" (c.4). Et au sujet de sa médiation universelle: "Quel inconvénient pourrait-il y avoir à dire que Dieu, pour honorer sa Mère, après l'avoir établie Reine des Saints, veut que toutes les grâces passent par ses mains?" (c.5). "Qui pourrait nier qu'il soit très raisonnable et même opportun d'affirmer que Dieu, pour exalter cette excellente créature, qu'Il a aimée et honorée plus que toutes (les autres), veuille que toutes les grâces dispensées et à dispenser aux créatures, le soient par son ministère, puisqu'Il l'a choisie comme Mère de son Fils et notre Rédempteur? Je défends que lorsque nous demandons des grâces, nous les obtenons par l'intercession de Marie." (c.5). Et notre chercheur espagnol de commenter: "La raison d'implorer le secours de Marie, comme l'a souvent explicité ce saint docteur de l'Eglise, c'est son Omnipotence suppliante, car il affirme que le Seigneur l'aime davantage que tous les bienheureux réunis." Doctrine confirmée par le pape Pie XII, dans son Encyclique "Ad coeli Reginam". La propagation du culte de la Vierge du Perpétuel Secours, recommandée aux Rédemptoristes, bénéficia, au départ, du dix-huitième centenaire des martyres de Saint Pierre et de Saint Paul, du 20 juin au 1er juillet 1867, simultané au couronnement canonique de l'icône, et qui rassembla 500 évêques et des centaines de milliers de fidèles. Puis du soutien du Concile Vatican I (1869-1870). Emportant tous des copies authentiques, membres et pélerins diffusèrent nouvelles et dévotion. Ses patronages allaient se multiplier aussi. De nombreuses associations religieuses et civiles, en Espagne et en Italie, ont choisi Notre-Dame du Perpétuel Secours pour patronne. Et même une nation: en souvenir d'une protection accordée, en 1882, lors d'une épidémie de variole jugulée après une neuvaine à ses intentions, Notre-Dame du Perpétuel Secours fut déclarée patronne de Haïti, le 8 décembre 1942. Une trentaine d'instituts religieux se sont placés sous sa protection: Franciscaines du Secours Perpétuel (USA), Missionnaires du Perpétuel Secours (Mexique), Oblates (Pérou), SÏurs (Uruguay, île Maurice), Religieuses melkites du Perpétuel Secours (Liban) et bien d'autres. En Espagne, Notre-Dame du Perpétuel Secours est la patronne de la santé, des médecins (décision du Conseil général, le 19 juin 1941), de l'Institut national de prévision (depuis le 26 février 1946), des assurances espagnoles (depuis le 9 mars 1946), etc.
De la prophétie du pape Pie IX à la visite de Jean-Paul II Après avoir rendu visite à l'icône, en l'église Saint-Alphonse-Marie-de-Ligori le 5 mai 1866, Pie IX, le grand pape de l'Immaculée Conception, en plaça aussi une copie dans sa chambre, et d'autres dans toutes les dépendances des zouaves pontificaux. En offrant une médaille, il disait toujours: "Ayez dévotion à la Mère du Perpétuel Secours, c'est la Vierge qui doit sauver le monde. "On ne saurait penser à un quelconque propos à la légère". Lorsqu'il envoie en Bulgarie une bannière portant l'image de Notre-Dame du Perpétuel Secours, Léon XIII écrit: "Fils bien-aimés de la noble église slave, illustres par vos Saints Apôtres Cyrille et Méthode, vous vous prosternerez devant cette Vierge, votre Mère. Demandez-lui avec persévérance l'union des deux églises afin que, de nouveau, il n'y ait plus qu'un seul troupeau et un seul pasteur. "Quant au pape Pie XI, plaçant l'image de Notre-Dame du Perpétuel Secours sur les colis envoyés aux enfants abandonnés de Russie, il ajoute cette mention: "Le Pape de Rome à ses enfants de Russie". Lors de sa visite à Manille, en 1981, Jean-Paul II pria devant une copie de l'icône: "J'ai été témoin de la dévotion véritablement filiale qu'on vous porte ici et de l'immense popularité dont vous jouissez, Mère du Perpétuel Secours". Je viens maintenant à Toi, comme successeur de Saint Pierre". "A Toi, Mère de l'Eglise, je désire confier de manière toute particulière mon ministère papale. Accepte cette humble offrande, Mère du Perpétuel Secours. Au moment de commencer ma visite pastorale en Extrême-Orient, je remets entre tes mains, Mère du Perpétuel Secours, tous les peuples de l'Asie." Ces oecuménismes pontificaux font penser au rôle étonnant joué actuellement par le tableau de Notre-Dame de Tous les Peuples dans plus de 70 nations, y compris auprès des non-catholiques, voire des non-chrétiens (3). Laissons l'interprétation finale au Père J-L de Urrutia: "Nous pouvons penser que le salut du monde dépendra, en partie du moins, de l'union de tous les chrétiens. L'icône d'Orient de Notre-Dame du Perpétuel Secours pourrait bien être, en Occident, par l'aide des grâces qu'elle obtiendra, un élément important de cette union et par elle, de la conversion du monde. Il peut tant, le secours de la Vierge souffrante et de Jésus s'offrant à la Passion! Efforçons-nous tous, dans nos problèmes personnels, petits ou grands aussi, de les invoquer et de nous (en) remettre à Eux, dans un don de soi confiant."


Angèla Loyer-Krause d'après le Père J-L de Urrutia, S. J


1. A partir d'une recherche et synthèse du Père JoséLuis de Urrutia, S.J., auquel nous nous référons explicitement pour cet article. Il est l'auteur du Temps qui vient selon les prophéties des Papes, des Saints et des Mystiques, traduit par nos soins. (Ed. F.-X. de Guibert)


2. On y rend culte, aujourd'hui encore, à une icône miraculeuse de la Corizana (en grec Cardiotissa: la Toute-CÏur, la Toute-Courageuse), peut-être ainsi nommée à cause de toutes les grâces que, compatissante, elle répand sur ses enfants. Des documents attestent qu'elle existait déjà au XIVe siècle et qu'elle fut volée ˆ plusieurs reprises. Dès le Xe siècle, sitôt l'île de Crête reprise aux Sarrasins, les moines évangélisèrent au moyen d'icônes.


3. Selon les informations diffusées en Amsterdam, le 31 mai 1998, par les représentants religieux de soixante-dix pays, lors du deuxième anniversaire de la reconnaissance du culte à Notre-Dame de Tous les Peuples, autorisé l'année précédente par l'évêque, Mgr Boomers, décédé.

Le Linceul de Turin

Y a-t-il recoupement entre les 3 reliques du Christ: Linceul de Turin, Tunique d'Argenteuil, Suaire d'Oviedo ?

Suaire de Turin


Tunique d'Argenteuil lors de l'ostension de 1983


Suaire d'Oviedo


La Revue internationale du Linceul de Turin revient sur les thèses des Russes Ivanov et Kouznetsov.
Selon Monsieur Georges Salet, le réchauffement du linge par l'incendie de 1532 ne pourrait expliquer les rajeunissements apparents de onze siècles pouvant démontrer la datation tardive du carbone 14 en 1988. Georges Salet reprend en cela la même démonstration théorique et technique de son article dans le n° 3 de la même Revue internationale du Linceul de Turin.

J'ai téléphoné au Père Jean-Baptiste Rinaudo, spécialiste du nucléaire, qui suit de près tous les aspects de la question. Au Congrès de Turin, m'a-t-il précisé, M. Mario Moroni et son équipe scientifique ont poursuivi des vérifications sur les terrains technique et pratique. Selon leurs premiers tests, le réchauffement d'un tissu ne lui donne un rajeunissement apparent que d'un siècle environ: ce qui serait tout à fait insuffisant pour expliquer l'erreur des tests de 1988. En revanche, ils ont poussé une nouvelle expérience surprenante. Ils ont soumis à une chaleur comparable à celle de l'incendie de 1532 le tissu d'une momie égyptienne (que Jacques Evin avait datée de 160 avant Jésus-Christ). Ils avaient procédé à deux tests différenciés. Ils avaient soumis à une chaleur comparable à l'incendie de 1532 un premier morceau de lin: tel quel, le rajeunissement avait été insignifiant, de l'ordre d'un siècle. Le second morceau de lin avait été irradié avant d'être soumis à la chaleur et le rajeunissement était de plus de dix siècles. Si donc le Linceul de Turin a été irradié au matin de Pâques 30, selon l'hypothèse du Père Rinaudo, il pourrait avoir subi un rajeunissement considérable. Et l'hypothèse de Kouznetsov reste probable. Mais pourquoi cette différence entre le lin irradié et le lin non irradié ? C'est que le tissu irradié aurait été enrichi en sites d'accrochage du gaz carbonique et par du carbone 14.


Tunique d'Argenteuil

On reparle à nouveau de la Tunique d'Argenteuil, donnée par l'impératrice Irène de Constantinople à l'empereur Charlemagne en août 800, quand elle envisageait un mariage avec lui, et par lui confiée au monastère d'Argenteuil, proche de Paris, que dirigeait sa fille, l'Abbesse Theodorade. Ce serait la tunique sans couture dont le Christ fut dépouillé au pied de la Croix. Selon les études du Père François le Quéré, Saint Pierre, probable dépositaire du linceul et du suaire enveloppant le visage (Jean 20, 7 et l'Evangile apocryphe des Hêbreux), aurait emmené ces linges à Jaffa, avec la tunique, quand il se réfugia chez Simon le corroyeur après la persécution qui le chassa de Jérusalem vers l'an 36. Et c'est là que la tunique fut retrouvée en 590-591, au témoignage de Frégédaire + 660 (Act 10, 6; François Le Quéré, la Sainte Tunique d'Argenteuil, Ed. de Guibert, 1997, et ses conférences ultérieures). Le tissu est antique et porte de nombreuses taches de sang humain. Des recherches entreprises en 1890-1892 et 1932-1934 ont confirmé qu'il s'agit bien de sang humain, mais dans un êtat qui ne permet pas d'identifier le groupe sanguin. Le COSTA (Comite pour la Sainte Tunique d'Argenteuil) a repris la recherche. Il a reuni à Argenteuil, le 14 novembre 1998, une première table ronde où le CIELT était représenté par Messieurs Alonso et Marion. D'autres spécialistes représentaient le CSST le TSCC, (USA) et l'EDICESES ainsi que Madame Flury-Lemberg, l'expert suisse des tissus anciens, et l'abbé Le Quéré, auteur d'un premier livre sur la Sainte Tunique d'Argenteuil, Selon l'étude comparative, poursuivie depuis 1934 et récemment intensifiée, les taches de sang de la tunique correspondent à celles du Linceul. La confrontation des taches aux épaules et dans le dos conduit à l'hypothèse que le supplicié du Golgotha aurait porté non seulement la poutre transversale, mais la Croix tout entière. C'est le résultat de plusieurs tests convergents avec simulation et méthodes informatiques dont les résultats vont dans le même sens: la correspondance exacte des blessures semble être un argument essentiel en faveur de l'authenticité des deux reliques qui auraient bien enveloppé le même homme: Jésus de Nazareth. On imagine d'ailleurs difficilement qu'un faussaire ait pensé à mettre en relation de façon aussi parfaite les deux objets transmis de manière tout à fait indépendante. Ces travaux seront exposés et illustrés dans un ouvrage intitulé Jésus et la science, la vérité sur les reliques du Christ, encore en préparation. Le CIELT n'indique ni l'auteur ni l'éditeur. Les équipes scientifiques sont retardées dans leurs travaux, faute d'être autorisées é tester sur la relique elle-même. Ils n'ont pu obtenir de l'évêque de pontoise l'autorisation de faire de nouvelles photos, mais ont pu heureusement retrouver les photos à l'infrarouge faites par Gérard Cordonnier en 1934. A l'issue de la réunion du 14 novembre 1998, ils ont décidé de créer un conseil scientifique international pour tenter d'obtenir des autorités religieuses compétentes l'accès à la relique afin de réaliser leur programme de travail et des normes de moyens de sécurité pour la conservation du précieux tissu qui fut volé pendant plusieurs mois, du 13 décembre 1983 à février 1984. Le Comité souhaite une ostension solennelle en l'an 2000. Cette ostension pourrait coïncider avec celle du Linceul de Turin: du 26 août au 22 octobre de l'an prochain. Mais tout cela dépend de l'évêque du lieu (Pontoise) jusqu'ici réticent. J'ai fait cette objection: - Pendant la Révolution, le prêtre qui sauva la Tunique l'avait découpée en morceaux, pour les confier à des chrétiens sûrs. La Tunique n'est donc plus sans couture, comme dit l'Evangile (Jean 19, 23). Est-on sûr que les trois morceaux ont été recousus correctement ? Question fondamentale pour la confrontation des taches de sang. - Oui, m'a répondu M. Winfried Wurmeling, secrétaire général du Costa, car le principal (le haut de la tunique: col, épaules, manches, etc.) avait été découpé en grands morceaux dont l'assemblage allait de soi. Le bas de la Tunique avait été coupé en plus petits morceaux dont beaucoup ne sont pas revenus et ont été cédés, y compris aux papes à Rome. Il y a donc là une hypothèse sérieuse qui mérite vérification. Mais il faudrait pour cela l'accès direct à la Tunique.


Suaire d'Oviedo

Une 3e relique, également fort ancienne, est aussi l'objet de recherches poussées : le suaire d'Oviedo (en Asturie, au nord de l'Espagne).
Ce serait non plus la tunique, tirée au sort au Golgotha, ni le Linceul mortuaire du ressuscité, mais le Suaire (Soudarion : Jn 20, 6), c'est-à-dire le linge qui couvrait le visage, selon la Tradition et l'Evangile même, mais non la mentonnière qui attachait la mâchoire et dont on pense avoir retrouvé la trace latérale sur le Linceul. Attesté par un pélerin dès 570, le suaire fut conservé à Jérusalem jusqu'en 614, il fut transféré à Alexandrie à l'arrivée des musulmans et parvint à Oviedo par l'Afrique puis Séville et Toléde (711). Il donne lieu à des ostensions depuis le XIIIè siècle. Les traces de sang correspondent à celles du linceul. On a objecté: le sang du visage n'a pu être imprimé à la fois sur le Linceul et sur le Suaire d'Oviedo. L'hypothèse qui accorderait tout, c'est que le Suaire d'Oviedo aurait été posé sur le visage du Christ pendant le transport au tombeau. Et c'est alors qu'il aurait été marqué de taches de sang analogues. Le sang a été vérifié par des tests scientifiques. Il est du même groupe sanguin (AB) que le sang du Linceul. Et il y a des correspondances entre les taches du visage sur ces deux reliques. L'étude minutieuse a identifié toutes les taches de sang, leur formation successive et la position de la tête à chaque moment (Rapport de Barta, du groupe EDICES, ou la table ronde d'Argenteuil le 14 novembre 1998)1.
Le Congrès des 5-7 mai 1999 Les études comparatives qui battent leur plein, par l'initiative privée de chrétiens et de scientifiques avertis, à l'approche de l'an 2000, vont donner lieu à un important congrès tenu à l'université du Latran, à Rome, les 6, 7, 8 mars 1999 sous le titre : Rencontre internationale sur les reliques du Christ. De la passion ˆ la Résurrection. Deux mille ans de témoignages silencieux. Vingt exposés suivis de discussions y seront tenus sur les trois reliques, dont 2 sur le saint visage d'Oviedo et 2 sur la Tunique d'Argenteuil, le 7 mai. Fait nouveau, trois cardinaux de premier plan y prennent parole : – Le Cardinal Ruini, vicaire du Pape pour le diocèse de Rome et Président de la conférence épiscopale italienne. – Le Cardinal Moreira Naves, ancien Président de la Conférence brésilienne préfet de la Congrégation des évêques et en bonne place parmi les papabili. – Et le Cardinal-archevque de Prague. Par ailleurs, Madame Bénédicite de Dompsure prépare une thèse universitaire d'Etat à la faculté de Lyon III avec le professeur Demotz, médiéviste, sur les reliques du Christ conservées à Constantinople, des origines à 1500, selon tous les témoignages afférents, y compris le fameux codex Pray.
Une étape comparative Les chercheurs des équipes mentionnées sont à divers degrés convaincus de l'authenticité des 3 reliques, mais il serait prématuré de conclure. Les convergences sont suggestives et stimulantes. Mais bien des vérifications ou tests complémentaires restent à faire et des objections à examiner. Un des groupes de recherche, le Gerralt (Groupe d'études et de recherches Rhône-Alpe sur le Linceul de Turin) pense avoir trouvé des documents qui excluraient l'identification du Linceul avec le fameux Mandylion d'Edesse aujourd'hui disparu: selon des voyageurs du XIIè siècle, le Mandylion d'Edesse sur lequel on voyait son visage et le linteum, c'est-à-dire le linceul: empreinte de son corps, étaient conservés à Constantinople en deux endroits différents: ils ne peuvent donc être identifiés. Ce serait donc un maillon exclu pour le curriculum du linceul, attesté à partir du Xè siècle, alors que le Mandylion aurait couvert les origines.
Scandale ou édification ? Beaucoup se scandaliseront de ces recherches: ils les soupçonnent de superstition, fétichisme et matérialisme. Certes, l'essentiel est le spirituel. Mais les théologiens de la foi sans religion sont affligés d'une philosophie qui entame plus ou moins l'incarnation et la résurrection du Seigneur et la foi s'asphyxie, sauf chez ceux qui sont capables de vivre dans la nuit obscure selon Saint Jean de la Croix. Mais combien de chrétiens en sont à ce stade? Et faut-il épaissir cette nuit ? Dès les origines, les chrétiens avaient plus ou moins cette devise: Pevisibilia ad invisibibilla. Par les signes visibles à l'invisible Trinité. L'Incarnation du Fils de Dieu, Jésus-Christ, a laissé des traces de toutes sortes sur la terres: écrites, archéologiques et autres faits nouveaux dont j'ai fait le bilan dans La Vie authentique de Jésus-Christ. Pourquoi s'acharner à les nier ou à les effacer? Pourquoi culpabiliser les scientifiques moins complexés qui les étudient. La participation active de ces cardinaux de premier plan au Congrès de Rome manifeste en tout cas que ces études ne sont plus marginales dans l'Eglise. C'est pourquoi j'ai changé mes plans pour suivre ce congrès des 6-8 mai prochains qui fixe l'attention des scientifiques chrétiens et non chrétiens.
Rétractation Le Cardinal Ballestrino, Custode du Linceul de Turin, avait confirmé la date tardive assignée par le test de carbone 14, le 13 octobre 1988. "La science a parlé", disait-il alors. Par la suite le Cardinal a saisi des anomalies qui avaient présidé à la réalisation du test, il s'est rendu à cette nouvelle évidence, il a même reconnu s'être hâtivement prononcé en 1988 sous la pression de requêtes des plus insistantes "venant de groupes indéniablement suspects". Le CIELT orne cette dernière et honnête confidence d'une "mitre de deuil" (XIXe siècle).
René Laurentin
Le Congrès international sur le suaire d'Oviedo (1994) a été suivi de nombreuses études, notamment celles du Dr Baimo-Bolloré (La sépulture du messie - 1997) et de Mark Guscin (The Oviedo Cloth - 1998).


Le Saint Suaire face à la Science :




Prière au Saint-Suaire

Enrichie de nombreuses indulgences, entre autres de l'indulgence plénière.
Accordée par le Pape Clément VIII

O Dieu qui nous avez laissé les Vestiges de votre Passion sur le Saint-Suaire, dont votre corps fut enveloppé par Joseph d'Arimathie, à la descente de la Croix, accordez nous, dans votre Miséricorde, que par votre Mort et votre Sépulture, nous arrivions à la gloire de la Résurrection. Ainsi-soit-il.

Lourdes Le 66ème miracle reconnu




Mgr Perrier donne l'onction des malades

La guérison de Jean-Pierre Bély, infirmier à Angoulême, atteint d'une sclérose en plaque irréversible qui l'avait fait reconnaître invalide, pensionné à 100 %, a été proclamée 66e miracle officiel de Lourdes par S E Mgr Perrier, Evêque de Tarbes et de Lourdes, au début de la messe anniversaire de la première apparition, dans la basilique souterraine, le 11 février 1999. Cette guérison, survenue le 9 octobre 1987, a été reconnue par Mgr Claude Dagens, Evêque d'Agoulême le 9 février 1999 après avis du Comité médical international. Sous un nouvel évêque qui a nommé l'an dernier un nouveau président du bureau médical permanent de Lourdes: le Dr Theillier, cette reconnaissance présente un caractère nouveau qui répond à une nouvelle mise au point des critères de guérison mieux en rapport avec les exigences nouvelles de la science et de la théologie. Les médecins ont reconnu le caractère extraordinaire de la guérison à la majorité simple (et non à la majorité jusqu'ici requise des deux tiers). Monseigneur Dagens n'a pas prononcé le mot "miracle", mais s'est expliqué sur le fond (c'est-à-dire le con-texte spirituel qui indique une intervention surnaturelle de Dieu). Il a conclu en termes fermes et solennels : "Au nom de l'Eglise, je reconnais donc publiquement le caractère authentique de la guérison dont a bénéficié Monsieur Jean-Pierre Bély à Lourdes, est un don personnel de Dieu pour cet homme et un signe effectif du Christ Sauveur, qui s'est accompli par l'intercession de Notre-Dame de Lourdes." Avec les formes renouvelées qui situent mieux la reconnaissance scientifique et la reconnaissance évangélique de l'intervention divine, Lourdes prouve le mouvement en marchant: reconnaît le 66e miracle, la révision en cours des critères scientifiques et canoniques, qui sera une oeuvre de longue haleine. On sort ainsi d'une longue période de malaise et d'atermoiement qui avait contribué avec d'autres facteurs à raréfier les reconnaissances de miracles. D'autres dossiers sont en préparation ou en examen à divers stades. (R. Laurentin)
Voici le récit du miraculé. Témoignage de Jean-Pierre Bély "Pour bien comprendre ce qui m'est arrivé, je vais essayer d'expliquer ce qu'était ma vie avant ce pélerinage. J'avais cinquante et un ans, marié, deux enfants : un garçon de dix-neuf ans, une fille de quinze ans. J'exerçais la profession d'infirmier et "tais responsable à l'hôpital d'Angoulême d'un service O R L et d'ophtalmologie. En 1984, je dus interrompre mon activité professionnelle, frappé de plein fouet par la maladie. En réalité, la maladie remonte à une quinzaine d'années. Cette maladie ne fut découverte qu'en 84, à la suite de plusieurs hospitalisations, et diagnostiquée comme étant une sclérose en plaques, confirmée par la suite. cette maladie détruit les gaines des nerfs et provoque des paralysies plus ou moins importantes, suivant les zones atteintes. De 1972 à 1984, plusieurs épisodes étaient venus perturber ma vie, mais, chaque fois, je récupérais, pratiquement complètement, demeurant dans un état de fatigue quasi permanent, entrecoupé de périodes de véritable et pénible abattement. En octobre 1984, à la suite d'une poussée un peu plus forte, des signes de paralysie apparurent du côté droit, nécessitant une première hospitalisation à Angoulême, puis au centre hospitalier universitaire de Poitiers pour des examens complémentaires. Les cannes anglaises ne suffisant plus, un fauteuil roulant fut loué et permit une meilleure autonomie. Dans le courant de l'été 1985, mon état s'améliora, puis une nouvelle poussée fit s'envoler tout espoir de reprise du travail et je dus à nouveau recourir au fauteuil. De nouveaux examens ne firent que confirmer la maladie. Une nouvelle amélioration me permit de partir quelques jours avec ma famille, en juillet 1986. Mais très vite, au retour, mon état s'aggrava, la marche fut quasi impossible et les déplacements très limités. Il fallut penser à réménager la maison qui n'était pas conçue pour un handicapé. Un petit ascenseur manuel fut installé et les ouvertures des portes agrandies, de façon à permettre le passage du fauteuil roulant. Je devins ainsi plus autonome. C'était d'ailleurs mon souci premier: être le plus possible autonome, de façon à ne pas dépendre de mon entourage. Je ne pouvais pas supporter que des êtres chers soient astreints à s'occuper de moi constamment.


Jean-Pierre Bély

En juin 1987, je passai une expertise médicale et une commission médicale, composée de plusieurs médecins, me déclara inapte à 100 %. Une procédure de mise en retraite-invalidité fut demandée ainsi qu'une tierce personne pour assurer les gestes essentiels de la vie (manger, boire, faire la toilette). En septembre 1987, mon état s'aggrava et la position assise en fauteuil n'était plus supportable de façon permanente. Je restais alité, la plupart du temps dans le noir, ne supportant plus la lumière. Lundi 5 octobre 1987, 11 heures du matin: départ pour Lourdes. Je suis tout excité et mon coeur bat très vite. Je suis fatigué mais joyeux. Des bras vigoureux me transportent sur une banquette un peu étroite. Il n'y avait pas de couchettes dans ce train. Quatre heures de voyage en position inconfortable, recroquevillé sur ma banquette, malgré la gentillesse des hospitalières. La pensée de Lourdes, la prière, les chants ont atténué tout cela. Après un repas froid, vite pris, je ferme les yeux, essayant de trouver un sommeil hypothétique. A 15 heures 30, nous arrivons à Lourdes en chantant. Mercredi 7 octobre: vers 15 heures, nous nous acheminons vers l'esplanade et attendons l'arrivée du Très Saint-sacrement. Le temps est incertain, mais malgré tout, la procession a lieu dehors. Jeudi 8 octobre. Le moment arrive ou nous allons recevoir l'Onction Sainte. Les aumôniers se dirigent vers leurs malades. Je reçois le premier de la rangée l'Onction, sur le front d'abord, puis dans les mains. Je suis très ému et je ne suis certainement pas le seul. Par cette Onction Sainte, que le Seigneur en sa grande bonté vous réconforte par la grâce de l'Esprit-saint. Ainsi, vous ayant libéré de tout pêché, qu'Il vous sauve et vous relève. Le Seigneur nous pardonne nos pêchés et nous donne la force et la mission d'utiliser cette force pour lutter contre toute forme de mal. Notre aumônier nous embrasse et nous sommes émus avec lui. Ah! si l'on pouvait exprimer tout ce qui se passe en nous durant ces instants privilégiés! Je perçois, avec beaucoup de tendresse, que le Seigneur me pardonne toutes mes faiblesses de pauvre pêcheur. C'est alors qu'une sensation de froid s'empare de moi, alors que la température extérieure est douce. Puis, lentement, le froid diminue d'intensité pour faire place à une douce chaleur, au début. Je ferme les yeux en me disant que je vais pouvoir m'endormir. Je reste là, assis, essayant de comprendre ce qui m'est arrivé. Je repense alors aux paroles qui m'ont été dites par cette jeune dame en blanc, le mercredi après-midi: "N'ayez pas peur, ayez confiance, Maman Marie va remettre bon ordre à tout cela." J'en suis bouleversé. J'aurais donc envie de me lever, mais je n'ose pas. Pourquoi moi et pas mon frère, plus handicapé que moi ? Dans la nuit, je suis doucement réveillé. J'ai senti que l'on me touchait. J'en déduis que notre veilleuse hospitalière a dû vouloir me recouvrir. Je suis parfaitement réveillé et je ne vois personne. Trois heures sonnent au clocher de la basilique. Questionnée par la suite, ma veilleuse me dit ne pas se rappeler m'avoir recouvert dans la nuit. Je commence à repenser à tous les évènements de ce pélerinage quand une idée à laquelle je ne m'attendais pas s'insinue dans mon esprit comme un ordre, une invitation: lève toi et marche! Je crois me faire des idées, et puis se lever en pleine nuit alors que je n'en ai nulle envie! L'appel revient, plus insistant, plus pressant que la première fois. Cela me rend un peu mal à l'aise. Je me tourne, me retourne. L'appel est maintenant ferme. Ce ne sont pas des mots que j'entends, mais comme si quelqu'un me parlait sans dire de paroles. C'est difficile à expliquer! Ç Allons, lève-toi, c'est l'heure, marche! La veilleuse qui m'a entendu me tourner et me retourner s'approche de moi et me demande si j'ai besoin de quelque chose. Je lui dis qu'il faut que je me lève, et j'ajoute pour aller aux toilettes. Elle s'apprête à m'approcher mon fauteuil roulant, mais je lui dis qu'il faut que j'y aille à pied, debout. Elle me dit que je vais tomber et elle avec. J'effectue l'aller et retour, sans problème. De retour dans mon lit, la veilleuse me quitte, et je me demande ce qui m'arrive! Je repense à tous les évènements qui maintenant s'enchaînent: l'Onction des malades, le froid et la chaleur après, la marche dans la nuit, tout cela me bouleverse! Il est évident que se rendormir après des instants pareils pose quelques problèmes. Dans mon esprit, tout se bouscule. J'ai alors recours, une fois de plus, à la Vierge Marie. Je prends mon chapelet, comme je le fais souvent avant de m'endormir, le soir. D'habitude, je m'endormais avant d'avoir fini la première dizaine. Pour moi, c'est comme si je m'endormais dans les bras de la Vierge Marie. Eh bien cette nuit-là, la dizaine est passée et le sommeil n'est pas venu! Ce rosaire entier, récité en pleine nuit, probablement pour la première fois de ma vie, était comme une action de grâces pour tant de merveilles et de tendresse! Et le matin arriva, sans que je puisse retrouver le sommeil. Ce qui s'est passé ensuite avec mon épouse et les enfants ne peut se dire. Cela se vit."
Le rôle du médecin du sanctuaire de Lourdes François Vayne: Pour le commun des mortels, Lourdes est d'abord synonyme de miracles. Or, on n'entend plus beaucoup parler de miracles à Lourdes. Docteur Patrick Theillier: C'est, en effet, une remarque qui m'est souvent faite en tant que médecin du Sanctuaire. Seulement, je dois vous dire d'emblée que le médecin que je suis s'occupe des guérisons et non pas des miracles! Seule l'Eglise, le Magistère, décide ou non du miracle, j'y reviendrai. Mais je veux, auparavant, saisir l'occasion que vous me donnez pour préciser ce terme de "miracle". Notre tendance naturelle est de ne voir et de ne retenir comme miracles que les phénomènes extraordinaires qui font parler d'eux. Cette attitude est encore renforcée par les médias, qui privilégient les informations sensationnelles par rapport à l'ordinaire, et en sont arrivés à récupérer le terme "miracle" pour qualifier tout évènement surprenant, insolite, formidable. Vous pourrez remarquer vous-même le nombre de miracles de plus en plus souvent relatés à tort et à travers par les médias, mêmes les mieux intentionnés, à propos de tout et de rien. Exemples: "Viagra: la pilule miracle!". "Miracle: Clinton ne sera pas destitué", etc. Le miracle devient donc petit à petit un terme non seulement banalis", mais, pire, dévié de non sens: il ne comprend plus que la notion de prodigieux ou de magique. Cette assimilation est un piège, j'allais même dire une tentation qui nous guette tous, qu'on le veuille ou non. Relisez le paragraphe du Catéchisme de l'Eglise catholique qui parle du miracle comme signe (cf. nos 547-548-549 du C E C ci-contre): au lieu d'être signe du Royaume de Dieu, de fortifier la foi de la communauté des croyants, ces prétendus miracles ne servent plus qu'à "satisfaire la curiosité et les désirs magiques" Il est donc néessaire d'êre nous-mêes vigilants, de ne pas parler de miracles pour les évènements qui n'en sont pas, et de risquer de faire perdre à ce terme religieux sa valeur intrinsèque de "signe du royaume de Dieu". Le miracle signe l'intervention divine. Mais cette action de Dieu dans nos vies n'est pas facile à reconnaître parce que le plus souvent invisible, et demande un regard de foi. C'est la foi qui nous fait croire que Dieu intervient dans nos vies. Sinon, les évènements qui nous arrivent sont dus au hasard, à la chance, aux astres, que sais-je encore. C'est donc bien par la foi qu'il y a miracle. Sans la foi, ne parlons pas de miracle! Alors, y a-t-il encore des miracles à Lourdes ? Je réponds fermement: oui, toutes sortes de miracles! On pourrait même dire qu'ici le miracle, au sens vrai du terme, est permanent: c'est tout ce poids de foi, mais aussi de dévouement, de bénévolat, de prière, de fraternité, d'amour, que je constate en ce lieu unique. Il y a de quoi s'émerveiller chaque jour! Il y a aussi toutes ces guérisons intérieures des coeurs. Tous les malades qui viennent à Lourdes dans l'espoir de guérir, ce qui est bien normal, ne repartent malheureusement pas tous guéris dans leur corps! Comme d'ailleurs, "le Christ n'a pas aboli tous les maux ici-bas" (C E C n¡ 549). Mais la plupart reviennent r"gulièrement à Lourdes! Pourquoi? Parce qu'ils vivent ici, beaucoup me l'ont confié, une expérience de transformation de leur vécu intérieur, que ce soit par rapport à la maladie, à la souffrance, à l'entourage, ou, même, dans leur relation personnelle à Dieu, ce qui n'est pas pour surprendre en ce lieu! Toutes ces guérisons sont très souvent de l'ordre du miracle, du vrai miracle! Mais il y a aussi les guérisons miraculeuses, extraordinaires? Bien sûr, car Dieu peut aussi, dans Sa souveraine liberté, modifier mme les lois habituelles de la nature et accomplir des oeuvres qui dépassent l'entendement. Ce sont, bien entendu, les guérisons apparentes, extérieures, corporelles, physiques, qui m'intéressent au premier chef, les seules que l'on puisse analyser objectivement, les invisibles restant de l'ordre du mystère intérieur à chacun. Mais je tiens à faire plusieurs remarques à ce propos. Premièrement, dans ma vocation même de médecin, je me dois de rester accueillant à toutes les détresses, sans en exclure aucune, d'autant qu'aujourd'hui les maux physiques sont parfaitement pris en charge par la mŽdecine, mais que beaucoup de malades parfaitement soignés souffrent plus profondément dans leur âme, et qu'ils viennent justement chercher ici, à Lourdes, un sens à leur condition de malade ou de handicapé, et un réconfort, une paix que le monde ne donne pas. Ensuite, en ce lieu religieux, ce serait paradoxal de ne pas considérer le versant spirituel des guérisons miraculeuses sous prétexte qu'on est médecin, et donc des scientifiques purs et durs qui n'avons pas à nous mêler de spirituel. Délà, le développement de la médecine psychosomatique a ouvert aux médecins toute cette dimension psychique qu'il n'est plus pensable aujourd'hui de séparer du physique. Mais il y a plus encore c'est la dimension spirituelle qui existe en tout homme. La personne, au sens plein du terme, au sens philosophique si vous voulez, est une unité corps-psychisme-esprit, l'esprit (ou le coeur, au sens biblique du terme et non anatomique) étant le lieu de l'habitation de l'Esprit en chacun de nous. Ces dernières années, avec les immenses progrès de la médecine et les pouvoirs de plus en plus étendus des médecins, s'est développée ce qu'on a appelé l'éthique. Qu'est-ce que l'éthique, sinon la prise en considération des implications autres qu'uniquement physiques intervenant sur la personne humaine? La dimension religieuse et spirituelle étant inhérente à tout humain, et les guérisons survenant ici atteignant la totalité de la personne, il serait aberrant que le médecin permanent du Sanctuaire de Lourdes ne la prenne pas en considération et ne se contente que d'envisager le côté rationnel. Tous les médecins, même incroyants, peuvent-ils reconnaître ces guérisons extraordinaires? Bien entendu, tout médecin de bonne foi est toujours invité à participer à l'examen des malades se disant guéris pour donner son avis médical. C'est la tradition à Lourdes: elle ne change pas. Cependant, comme nous le disions, la guérison physique n'est qu'une partie de la guérison, la partie visible de l'iceberg, si vous voulez. En rester à ne considérer que ce versant extérieur de la guérison n'est pas suffisant dans la religiosité ambiante actuelle où l'on mélange tout, aussi bien ce qui vient de Dieu que ce qui vient du mal (cf. les sectes). Il faut savoir que l'on parle aujourd'hui de toutes sortes de guérisons qui ne sont pas forcément d'origine divine. Il y a un discernement premier à effectuer. Comment peut-on définir ces miracles de guérisons? Par les deux versants d'un fait prodigieux religieux: le fait anormal et le signe. Le fait anormal c'est le phénomène de la guérison lui-mùeme, qui se caractérise par le fait qu'il est en contradiction avec l'évolution habituelle des maladies, s'effectuant donc selon des modalités extraordinaires et imprévisibles. Le signe, c'est le fait que le bénéficiaire ou son entourage y voit une signification spirituelle, les invitant à croire en l'intervention spéciale de Dieu par l'intermédiaire de Notre-Dame de Lourdes (pour ce qui est des guérisons de Lourdes). Il est nécessaire de toujours garder à l'esprit ces deux composantes: le fait anormal et le signe, en les distinguant mais sans les séparer. La raison et la foi, notre Pape nous l'a encore rappelé avec force dans sa dernière encyclique Fides et Ratio, ne sont pas à opposer: "Elles sont les deux ailes qui permettent à l'Esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité", dit-il magnifiquement, si ma mémoire est bonne. Ce qui ne veut pas dire les confondre, car elles ont chacune leur loi, leur ordre. En fait, quelle est la mission du médecin du Bureau médical du Sanctuaire ? Vous avez raison de parler de mission dans la mesure où elle lui est conférée par l'Eglise, en l'occurrence l'évêque de Tarbes-Lourdes, Mgr Jacques Perrier. De ce fait, en prenant cette charge, je me suis dit que le mieux était de me référer à l'intervention du Saint-Père au Comité médical international en 1988 au Vatican, telle qu'elle est reproduite ci-contre. Elle précise deux points importants: – le médecin apporte son concours selon son propre degré de compétence: il utilise sa formation et son expérience en tant qu'homme de science et d'art, ce qui caractérise classiquement le médecin; – le médecin se doit de respecter l'ordre de la foi: il n'a pas à annexer complètement le phénomène "guérison" dans l'ordre scientifique. Sa mission est donc bien un service d'Eglise pour une collaboration médico-pastorale en vue du discernement des guérisons miraculeuses. Devant une guérison inattendue, il est devenu indispensable de tenir ensemble ces deux approches d'une seule et même réalité. Cela amène à une enquête conjointe à deux volets, médical et pastoral, portant donc à la fois sur l'évènement anormal et sur le signe. Très concrètement, quel est le rôle même du Bureau médical ? Imaginons qu'au cours d'un pélerinage à Lourdes (ou en priant Notre-Dame de Lourdes), quelqu'un estime avoir vécu une guérison et veuille en témoigner, ce qui est tout à son honneur. La première fonction du Bureau médical consiste bien sûr, en priorité, à recevoir cette déposition, d'elle-même ou de son entourage, par oral ou par écrit. A partir de là, son rôle est d'authentifier les guérisons, c'est-à-dire de constater et de vérifier toutes les déclarations de guérison qui sont portées à sa connaissance. Ce qui veut dire réaliser, avec la rigueur scientifique la plus actuelle, un diagnostic médical classique qui apporte la garantie qu'il y a bien passage d'un état pathologique à un état de santé. Le but est de s'assurer qu'il s'agit bien d'une véritable guérison: c'est indispensable pour tous, car vous savez bien que l'on peut se tromper ou s'illusionner, même en toute bonne foi. Or, nous ne pouvons retenir que des guérisons objectives, sérieuses, vérifiées, en restant toujours prudents sans être timorés, et confiants sans tomber dans la crédulité. Ce temps est essentiel et nécessaire; on peut dire qu'il est vraiment fondamental, au sens précis du terme: c'est la fondation sur laquelle on pourra construire toutes les étapes du discernement dont nous venons de parler plut haut, à bon escient et sans risque de se tromper. Pour cela, mon travail va être d'interroger et d'examiner le patient, de me mettre en contact avec le médecin de pélerinage qui l'accompagne (s'il fait partie d'un pélerinage) et avec son médecin traitant. Puis, de rassembler tous les documents médicaux possibles existant avant la guérison alléguée. Enfin, de revoir cette personne, en général l'année suivante, avec des documents actuels, après la guérison, permettant de procéder à une étude comparative collégiale avec les médecins présents à ce moment-là à Lourdes et qui souhaitent participer à ce qu'on a pris l'habitude d'appeler un "Bureau médical". Quels sont les cas retenus pour une proclamation de miracle? Seuls les cas vraiment exceptionnels peuvent être suffisamment documentés. Ils sont présentés à une instance médicale supérieure, fondée en 1947, le Comité médical international de Lourdes, constitué de professeurs des hôpitaux, qui diligente une expertise par l'un des leurs, spécialiste de la maladie guérie, et qui va émettre un avis consultatif. C'est finalement l'évêque du diocèse d'où vient le guéri qui prendra la décision de proclamer le miracle après avoir réuni une commission canonique toujours nécessaire à ce jour. Vous comprenez que pour en arriver là, il faut du temps! Votre conviction, en forme de conclusion? Je voudrais surtout vous redire ma conviction qu'à la veille du troisième millénaire, grâce d'abord à l'intercession de la Vierge Marie pour nous, et par la foi qui se vit ici en actes, Lourdes est et restera un lieu permanent de restauration de la personne, dont nous avons tous tant besoin, un lieu de guérison.

NOTRE-DAME de Coromoto


Marie fondatrice de la foi au Venezuela

J'ai été invité du 22 au 29 septembre 1998 au Venezuela pour un congrès marial organisé par deux prêtres, mes étudiants à l'université de Dayton. C'était mon troisième voyage, le premier datant de 1963, pour la première de mes conférences dans toute l'Amérique du Sud, où la Conférence épiscopale française m'avait envoyé pour acclimater la nouvelle donne de Vatican II. La seconde, en 1988, pour rencontrer Maria Esperanza, la voyante de Betania, les premières apparitions reconnues après Bauraing et Banneux, par jugement de Mgr bello ricardo. J'ai profité de ce voyage pour les rencontrer à nouveau le 21 novembre 1987. Entre-temps, j'avais été avisé d'un délicat problème local, comme s'il y avait une sorte de concurrence entre ces récentes apparitions de Betania commencées en 1976 et les antiques apparitions de Coromoto, qui remontent à 1652 et où l'Eglise a reconnu l'évènement fondateur de la foi parmi les Indiens, au Venezuela. C'est durant l'époque où l'on reprenait connaissance historique de l'évènement lointain et où l'on construisait le sanctuaire national que les apparitions de Betania créèent l'évènement populaire. Il n'y eut pas de guerre des apparitions, mais une sage entente pour hiérarchiser le modeste sanctuaire diocésain et le haut lieu que Jean-Paul II lui-même est venu consacrer en présence de l'épiscopat et du peuple : un évènement pour ce pays deux fois grand comme la France, le plus au Nord de l'Amérique du Sud, dont la population, à 90 % catholique, s'est accrue de 2 à 20 millions d'habitants sur un fond d'origine indienne. A tout Seigneur tout honneur. J'ai visité Coromoto et je parlerai d'abord de ce lieu, avant de raconter ma visite à Betania et à la famille de Maria Esperanza, qui m'accueillit avec chorale à l'aéroport de Caracas, le 22 septembre, avec toute la chaleur chrétienne et vénézuelienne imaginable: ce qui n'est pas peu dire.
C'est donc le lundi 28 septembre, et après le Congrès marial où la Vierge fut honorée d'un grand coeur, que nous avons pris la route à travers la végétation luxuriante de ce beau pays tropical, vers Guanare, ville aujourd'hui épiscopale qui conserve les archives de Coromoto et le sanctuaire primitif où l'on vénère encore Notre-Dame. Chez les alors, je pus examiner les archives et dresser la bibliographie de l'évènement, puis visiter le sanctuaire local que Pie XII avait érigé en basilique mineure en 1949. Cinq ans après avoir déclaré, le 7 octobre 1944, par brève pontificale, Notre-Dame de Coromoto principale patronne de la république du Venezuela. Le 11 septembre 1952, le Cardinal Manuel Arteaga y Betancourt (+ 1963), l'archevêque de la havane délégué pontifical, couronna canoniquement, dans la même église, l'image de Notre-Dame de Coromoto. Ces décisions redonnèrent vie au sanctuaire. Les apparitions de Betania, où la prolifération enthousiaste des voyants inquiétait, tandis que l'évêque de Los Teques poursuivait patiemment son enquête et son discernement, ramenèrent l'attention sur la tradition ancienne. L'on discerna l'attention maternelle de Marie aux sources de la foi dans cette nation. Ce n'est pas que l'Evangélisation ait commencé au XVIIe siècle. Mais les Indiens Kospes, établis à Coromoto, résistaient à la présence espagnole et s'opposaient aux missionnaires. C'est alors, en 1652, que Notre-Dame intervint. Elle apparut au cacique indien. Il lui décocha une flêche, et en retour, elle fit parvenir dans sa main la petite image que l'on conserve aujourd'hui précieusement. Ce fut le point de départ de la conversion des Indiens vers un christianisme particulier, qui ne devait rien à la conquête, mais tout à Notre-Dame elle-même. au Venezuela comme à Mexico et ailleurs, la Vierge eut soin de se manifester non point aux conquérants, mais aux Indiens sur leur site propre. Comme on le lira dans le récit populaire de l'apparition. C'est le 2 février 1975 que surgit l'idée d'élever un autre sanctuaire à Notre-Dame, sur le lieu même de l'apparition : Coromoto, à 20 kilomètres de Guanare. Le 18 février 1976 fut fondée l'association civile Venezuela à la Vierge de Coromoto, bénie par les évêques le 4 août, après approbation des premiers statuts le 20 mai. Le 10 septembre, la première pierre du sanctuaire national fut posée. Le 3 février suivant, une page de Coromoto fut transférée dans le village le plus proche du site présumé de l'apparition. En 1980 commença la pose des 252 pilotis pour soutenir le nouveau sanctuaire national, car il fallut aller chercher le roc pour les fondations à 40 mètres de profondeur. Le 27 janvier 1985, Pie XII couronna l'image nouvelle de Notre-Dame de Coromoto.
Malgré la tradition ancienne et ininterrompue, on s'inquiétait de l'incertitude de l'intelligentsia, mais un Frère érudit, Nectario Maria, releva le défi et publia un gros volume sur les fondements historico-canoniques de la tradition, qui ne manquaient pas, car il y eut à partir du XVIIe siècle trois informations officielles successives :

1) La première, en 1668, fut ouverte par le licencié Juan Caldera de quinodes, prêtre remarquable, par mandat de l'évêque fray alonso briceno, évêque de Caracas et trujillo 1661-1668. A la demande de la population, il interrogea sept témoins. Deux compagnons n'avaient vu en même temps que le cacique : bartolome sanchez et juan, si brillant, ainsi que l'Indienne isabelle sobrino, proche témoin. C'est alors que fut fondée officiellement la confrérie de Santa maria de coromoto. Cette première information, réalisée par le Frêre nectario, n'a malheureusement pas été retrouvée après sa mort accidentelle, survenue le 3 octobre 1986.

2) La seconde information juridique fut faite en 1728 par le docteur pedro fransisco pesada, en un temps où il n'y avait plus de survivants. On interrogea sept membres de la confrérie (dont les dépositions ont été conservées).

3) La troisième information fut réalisée par le docteur Carlo herrera, quatre-vingt-douze ans après l'apparition, mais recueille les souvenirs des témoins de la tradition.
Après la mort du Frère nectario, l'Eglise, très soucieuse par ailleurs de la vérité historique, n'oublia pas d'être aussi sensible à la tradition vivante où s'expriment les sens et la foi des fidèles. Les traditions communautaires et priantes ininterrompues sont restées le fondement principal de nombre de sanctuaires. Et c'est en considération de cet autre facteur que la Pape Jean-Paul II a béatifié juan diego, le voyant de Guadalupe, au Mexique, dont certains historiens avaient à un moment mis en doute l'existence. L'histoire a, depuis, retrouvé quelques jalons meublant le long silence devant lequel la vénération de Notre-Dame avait continué sur le site où son apparition avait supplanté le culte indien de la cruelle déesse Tonantain a qui on faisait, jusqu'au début du xvie siècle, des sacrifices humains.

René Laurentin



Vidéo en espagnol

Apparitions de Luz de Fatima


Des groupes de prière, à la demande de la Vierge
Au bout de la route de terre ocre, à 7 km de Villascanas, voici l'ermitage San Gregorio, fermé; son puits blanchi à la chaux et à sa gauche, le hangar-chapelle Luz de Fatima. En ce 13 octobre, nous sommes en plein coeur de la Mancha, écrasée de soleil et bien connue depuis don Quichotte, à 70 km au sud de Madrid (entre Tolède et l'ex- résidence royale d'Aranjuez, au bord du Tage). A côté de la chapelle où trône Notre-Dame de Fatima au milieu des fleurs, une maisonnette recouvre un autre puits - dont l'eau serait miraculeuse -, couronnée d'une deuxième statuette, trois colombes blanches à ses pieds. Là se réunissent, chaque 13 du mois, depuis le 13 mai 1989, le groupe fervent qui entoure Epifania Tirado, rebaptisée «Luz (Lumière) Epifania» par la Vierge Marie.
Premiers faits fondateurs surprenants... Tout avait commencé par un groupe de prière, pour les âmes du Purgatoire, chaque mardi au cimetière de Villascanas, vers 1985 - auquel Epifania, femme simple, illettrée et robuste, qui travaillait aux champs, ne venait pas. De famille communiste, elle était athée. Par un concours d'amitiés, typiquement ibérique, elle se rendit pourtant le samedi 2 août 1986, dans un important lieu de manifestations d'Espagne, «par curiosité». Mais voici qu'elle y tombe en extase, au pied de l'arbre des apparitions, et y voit la Vierge, sous la forme de Notre-Dame de Fatima (elle devait La revoir par la suite avec son «Manteau de douleur»).
Retournement. Le Ciel place alors sur son chemin, le 12 décembre 1986, Pilar Gimenez et sa mère, Dona Pilar Nuno de la Rosa, catholiques ferventes, dont le frère et fils Jésus avait été miraculeusement guéri d'un cancer, en 1978-1979, suite à l'un de leurs nombreux pèlerinages au Portugal. Pilar accueille Epifania, désorientée devant ce qui se passe, par ces mots: «Si ce qui t'arrive vient de Dieu, jamais je ne te tournerai le dos.» Elle et sa mère devaient l'aider, devenant ce qu'on appelle ici, «les deux piliers» de ces apparitions.(1) Ensuite, les choses s'enchaînent dans une progression continue, comme «menées par une main invisible». Le 10 janvier 1987, Epifania entre en extase, devant tout le groupe de prière du cimetière, qu'elle avait rejoint. (2). C'était la première d'une série d'extases (terminées en ce lieu, en avril 1989) où la mystique, par ailleurs qualifiée par la Vierge Marie de «petite âme», se mit à parler de choses qu'elle ignorait totalement: par exemple des «trois jours de ténèbres» ou des visions qu'elle recevait de la vie du Seigneur. Le 12 mai 1987, la Vierge Marie demande à Epifania «d'aller à pied, le lendemain à l'ermitage San Gregorio- à 7 km de là -, où devait être célébrée la messe annuelle, suite au voeu et zèle de la famille Gimenez-Nuno de la Rosa, évoquée plus haut. Pas moins de cinquante personnes participent à cette marche: Epifania y reçoit une extase et on voit aussi le «soleil tourner». Ce n'est pas fatigués mais en chantant, qu'ils arrivent pour une messe fervente.... C'est vers cette époque, un mardi, qu'Epifania voit le Seigneur qui, lui imposant les mains, lui dit: «Prends Mes mains car désormais tes mains seront comme les Miennes: ne les refuse à personne qui te les demande en mon Saint Nom». Depuis, elle connaît l'état des consciences et impose les mains: on fait état de certaines guérisons; mais toujours, elle ressent, dans son propre corps, la maladie du visiteur... éberlué du diagnostic. On parle aussi de communions mystiques et de multiplications d'aliments et d'objets (Rosaires), début 1988.
* * * Entre en scène alors «le troisième pilier», une nouvelle aide, Marta Santa Ollala, femme de culture (par ailleurs très liée aux Cénacles de Dom Gobbi). Concrètement, elle donne à Epifania «des papiers à remettre à la Sainte Vierge». Cela tombe à pic: comme la voyante ignore tout du contenu des dits papiers, ce sera Notre-Dame qui lui expliquera ....qu'ils recèlent précisément la façon de mettre en pratique ce qu'Elle venait justement de lui demander, quelques instants auparavant: la création de «cénacles d'oraison» (pour laïcs), - terme dont la voyante ignorait également le sens. Pour obéir immédiatement à Notre-Dame, caractéristique de ce lieu semble-t-il, trois premiers cénacles sont aussitôt organisés, l'un chez Pilar mère, deux autres dans un village voisin, qu'Epifania vient «inaugurer au nom de la Vierge». Ces cénacles se multiplient rapidement dans les superbes villages de Vieille Castille et à présent, jusqu'en Madrid.
Marches encore, et feux: la Chapelle Le 13 mai 1988, tous, castillanes de plus de soixante ans comprises, reprennent le chemin de la messe à san Gregorio. Alors Marie demande que «le 13 de chaque mois, tous se réunissent à l'ermitage, pour réciter le Rosaire». Là, le curé ferme l'ermitage. Le 13 juin 1988, en présence de nombreux fidèles, l'extase a lieu devant la porte close: Epifania y voit notre Mère, à l'intérieur, qui dit: «Ma maison doit être ouverte pour tous mes enfants.» On lutte, mais en vain, pour obtenir les clefs. Décidemment persévérants, tous reprennent leur marche, le 13 juillet, par la chaleur accablante que l'on imagine. Récitation du Rosaire à l'extérieur, et communion mystique. (3) Mais voici que, toujours en extase «et comme guidée par une main invisible», Epifania poursuit sa marche, prenant la direction d'une fabrique de farine(4). Puis s'arrêtant soudain, elle dit simplement: «Ici». Pour délimiter le lieu indiqué par le Ciel, on commence à poser quelques pierres. Mais lorsque l'une des présentes, qui dirige un cénacle, apporte la sienne.... un éclair de lumière surgit: tout l'endroit commence alors à brûler de feux qui ne consument pas (5). Tous ouvrent leurs parapluies... apportés pour se protéger du soleil: le feu redouble de force sur des mottes de terre et les rares touffes d'herbe. C'est en ce jour mémorable que la Vierge Marie, baptisa les lieux «Luz de Fatima» et demanda «un autel».
De l'ardente obéissance, aux Vigiles Obéissant immédiatement aux ordres du Ciel, on improvise sur-le-champ une table rectangulaire démontable sur laquelle est placée, le 13 août suivant, une statue de Notre-Dame de Fatima. On fonctionne ainsi, jusqu'à ce que Marie précise à Epifania qu'elle «devait construire un autel définitif». Après trois jours de prière, on se risque à demander à acheter ce bout de terrain au propriétaire, Emilio. Qui «ne voulant rien refuser à la Vierge», ne le vend pas mais le donne, en novembre . Les travaux commencent après le plus gros de l'hiver, très rude sur ces hauts plateaux, en février 1989. Pourtant, interruption en mars: lorsque la mairie tente d'interdire ces petits travaux, sur une propriété privée (et par la même occasion, ferme le cimetière au groupe de prières du mardi - qui continuera de se réunir, devant la porte). Problème liquidé en avril: bonnes volontés et matériaux offerts affluent «tout seuls», et tout est fini, sans aucun plan préalable, pour le 13 mai 1989. Devant le premier autel, piédestal de la Notre-Dame, on ajoute même un second, susceptible de servir à la célébration du culte. On couvre aussi le puits. Voilà que lors d'une extase, le 13 décembre 1989, Epifania contemple «des rayons de lumière qui faisaient tourner et bouillonner l'eau» - auparavant non potable, mais désormais «bénie», bue et emportée.... Nouvelle étape de cette marche ascendante, le premier samedi de février 1993, où Marie demande «qu'on célèbre une Vigiledans cette chapelle». Expliquant le 13 février, que «cela consiste à se réunir avec Moi, pour se remémorer et méditer la Passion du Seigneur». C'est ainsi que depuis mars 1993, les fidèles se rassemblent également chaque premier vendredi, pour un Via Crucis - devant des «stations» apportées aussitôt. Nuits où Epifania, «âme victime», souffre face aux scènes de la Passion de Jésus qu'elle reçoit en vision et décrit. Marie l'y accompagne toujours....
Un après-midi de lumière et d'amour En ce 13 octobre 1997, quelques centaines de personnes sont venues là, de partout, dans une ambiance simple et familière.On leur rappelle de «faire silence», surtout «en ce jour très spécial, 80ème anniversaire de Fatima». Puis les chants s'envolent, à coeurs déployés, accompagnés de guitarres et d'accordéons: «Je veux t'offrir le meilleur de mon coeur, j'ai voulu te choisir comme pont et chemin qui unit l'homme à Dieu, dans un «abrazo» (accolade) divin. Je veux t'aimer, je veux te prier.» Entre les Ave sonores et joyeux, redécouverts, au point que même «l'heure de notre mort» devient une fête, Pilar Gimenez donne quelques explications historiques «pour les nouveaux venus». Vers 16 heures, Epifania arrive, vêtue de bordeaux. Plusieurs l'embrassent. Elle dirige le Rosaire médité, rythmé de nouveaux chants, dont l'ardente poésie populaire mériterait d'être retranscrite: «Voici bien longtemps que je t'aime Ne permets pas, Mère, que je m'éloigne jamais....». Au 4ème Mystère joyeux, on aide Epifania, qui souffre de graves problèmes aux genoux et aux jambes, à...s'agenouiller. Soudain, comme si 'on' avait éteint quelque chose, elle s'interrompt au milieu d'une phrase: elle est entrée en extase. Malgré le silence absolu du recueillement général, on entend à peine les mots murmurés entre les halêtements, dans une respiration profonde et très ralentie, car ici la Vierge utilise la voix de la voyante, qui change. Le message est concis: «N'ayez pas peur, je suis votre Mère, l'Immaculée ('Purisima', Très Pure) Conception. Que la paix de Dieu règne toujours parmi vous (salutation habituelle). Soyez dans la joie, mes enfants: les coeurs de Jésus et de Marie sont avec vous tous. Maintenant, en ma présence, inclinez-vous tous et baisez le sol (exécution générale): c'est un geste qui plaît beaucoup à Dieu et qui sert à la salvation des hommes. Enfants de mon Coeur, priez beaucoup et bien. Les Coeurs de Jésus et de Marie attendent vos prières.... Priez beaucoup pour mes âmes consacrées. Beaucoup d'entre elles se laissent entraîner par l'ennemi et se perdent; et avec elles, tant et tant d'âmes. Mon Coeur les aime tant. Vous, mes enfants, allez de l'avant sans faiblir: comme je vous l'ai annoncé, cette terre sainte (affirmation maintes fois répétée en ce lieu) est entre vos mains. Vous verrez un jour, mes enfants, les âmes que vous êtes en train de sauver, par votre petit effort. C'est pourquoi je veux, j'insiste, je veux beaucoup de groupes de prières, de cénacles d'oraison avec Dieu et avec moi....» La voyante semble dialoguer amoureusement avec Marie: «tu sais que je te donne ma vie...tu sais tout ce que tu signifies pour moi».... Elle veut aussi «partir avec Elle» - et semble voir sainte Thérèse d'Avila, dont c'est la fête «oui, dans deux jours». Le message reprend: «Mes enfants, cette petite âme va à présent étendre les mains. Dieu le Père va répandre sur elle des grâces très spéciales. Prenez-les tous...J'attends...» L'attentive Pilar a compris et ordonne: «Faites une chaîne»... La Vierge Marie dicte alors: «Répétez après moi: 'Mon Père du Ciel, je me donne à Toi corps et âme. Prends soin de ma vie, puisque je Te la remets, pour la gloire du Père, du Fils et du Saint Esprit'. Enfants de mon Coeur, prenez-soin de cette grâce. Vous mettrez au propre cette petite prière et la répéterez tous les jours. Je vous promets de grands miracles de corps et d'âme. Venez ici avec foi, amour et espérance et vous serez bénis. Maintenant levez tous les objets... Je vous bénis mes enfants, comme le Père vous bénit, par le Fils et avec son Esprit. Père, Jésus, prends soin d'eux avec amour, simplicité et humilité. Au revoir, mes enfants».
* * * Epifania se signe très lentement et poursuit son dialogue. Elle pleure, tentant de retenir la Vierge: «ne t'en vas pas!». Entre pleurs et gémissements (qui contrastent avec la vigueur des chants entonnés de nouveau), elle secoue la tête, ouvre les yeux. Mais, comme d'habitude, elle ne parvient pas à recouvrer la vue. «Aïe, Mère, toi seule sais combien cet instant est terrible!»...Comme l'entourage m'y invite, j'ose humer ses mains en sueur: elles sentent le romarin et l'encens mêlés - «mon odeur» lui aurait expliqué le Christ. Deux personnes l'aident vigoureusement à se relever et l'assoient comme une masse. Là, elle crie de douleur: «Aïe, Mère, mes jambes! Ôte-moi cette douleur!». Pilar la réconforte, cela dure. Comme Epifania, sur l'injonction de Marie, doit continuer de mener le Rosaire, après l'extase, on attend qu'elle récupère en chantant de plus belle. En proie à un grand froid, l'extatique tremble du visage et de tous ses membres. On lui donne à boire. Ensuite ce sont des frissons dans le dos. Finalement elle ouvre les yeux...Puis d'une voix peu assurée, hâchée, elle balbutie difficultueusement....Superbe Rosaire pourtant, bien complet, avec prières à l'Esprit Saint, à la TSTrinité, à Saint Michel, Litanies et Consécration au Coeur Immaculé de Marie. Une jeune fille vient ensuite lire le message pris en note auparavant, car peu audible. Epifania elle, le découvre: car elle est inconsciente de ce qu'elle prononce en extase. Pour finir, elle dit ce qu'elle a vu et commente: «la Vierge attend vos prières...». Son discours est étonnamment fluide, comme inspiré. Elle finira par insister elle aussi, sur ce qui semble constituer le but et les fruits, déjà généreux, de ces apparitions: «Allons donc, courage, ouvrez votre maison à la Vierge Marie. C'est très simple. Ouvrez le portes de vos maisons. Seulement un jour par mois, ou par semaine, pour lui réciter ensemble le Rosaire. Ne vous découragez pas si au début, vous êtes peu nombreux. Même à deux, on peut faire un cénacle....». De fait, les groupes se multiplient, où l'on prie pour les familles, les jeunes, les malades, la paix dans le monde, les âmes consacrées, l'Espagne, et «pour sauver ce peuple». Bien des grâces semblent reçues dans les familles, qui en donnent témoignage. La suite ne dément pas l'aimante fidélité générale: deuxième bénédiction des objets, conformément au souhait de la Vierge, par un prêtre dominicain discrètement présent. Baiser de l'autel de Notre-Dame de Fatima, là où se reçoivent les grâces. Puis la statue est portée en une longue procession aux bougies, qui toujours en chantant s'étire sur la plaine ocre. Pour finir, c'est l'au-revoir à Marie, ramenée dans sa chapelle, tous mouchoirs blancs déployés dans la lumière dorée du soir, au milieu de chants, encore et toujours... Tout cela est frais, spontané, simple, transparent, mais ardent, dans une communion à la fois joyeuse et intime. Il est des moments de grâce, difficiles à retranscrire...Sans me connaître, plusieurs viennent m'inviter à leurs groupes de prière. Ici, ils ne sont ni «restreints» ni «fermés», mais nombreux et fraternels, car grand ouverts.
Angeles AsureyNOTES 1) Terme fort en Espagne, car ce prénom renvoie à Notre-Dame du Pilar, patronne de l'Espagne, qui trône à Saragosse: depuis que, selon la tradition, la Vierge Marie serait venue de son vivant, portée par les anges, réconforter l'apôtre saint Jacques découragé, qui se reposait sur les bords de l'Ebre. Cela se passait dans les années 40 de notre ère. Pour lui montrer qu'il ne rêvait pas, Elle lui aurait laissé le signe tangible d'une colonne..., un «pilar». D'où le nom de cette advocation et du Sanctuaire de Saragosse. 2) Concrètement, on s'y réunissait au pied de la «croix des tombés» (de tous bords, guerre civile de 1936-1939), devant laquelle on apportait chaque fois, une statue de Notre-Dame de Fatima. 3) Administrée par le P. Pio, dit-on. 4) Dieu soit loué, appartenant à la famille des deux Pilar. 5) Ce phénomène de «buisson ardent» est bien connu par la Bible. Il n'est pas nouveau non plus en Espagne: c'est par «un feu qui ne consumait pas», que débutèrent les apparitions de Marie, «Mère Pure et Douloureuse», toute de noir vêtue, à Umbe, au pays Basque. Dans la cuisine de Felisa Sistiaga (25 mars 1941 - 23 mai 1981, avec de longues périodes d'interruption). Plus de 400 guérisons ont été constatées à ce jour, au puits touché aussi par l'Archange saint Michel. Il est intéressant de préciser que c'est toujours en espagnol, que la Vierge s'adressa à cette humble montagnarde -, qui ne parlait que le basque. Pourtant, riche d'annonces eschatologiques, cette manifestation n'avait pas qu'une seule portée régionale.
* Pour ceux qui, lors de vacances, se rendraient à Villascanas, ne pas manquer de visiter les villages voisins de Consuegra (où se situe l'épopée de don Quichotte) et de Templeque: l'une des plus belles places d'Espagne.

KIBEHO - Le testament lumineux d'un évêque du Rwanda


Son Excellence Mgr Jean-Baptiste Gahamanyi, évêque de Butaré depuis 1962, qu'on avait dit mort pendant la guerre, est bien vivant. Après avoir assumé, avec un sens pastoral avisé, les apparitions de Kibého, il vient de publier sur ces apparitions, une sorte de testament qu'il m'a personnellement envoyé.
Il m'avait invité à venir dans son diocèse, lors de ces manifestations de la Vierge qui eurent lieu du 28 novembre 1981 au 28 novembre 1989, durant 7 ans exactement, suivies d'apparitions privées pour plusieurs voyants, puis de la terrible guerre qui décima le pays et l'Eglise, y compris le Président de la Conférence épiscopale, plusieurs évêques et plusieurs voyants. Avant la guerre civile, le 15 août 1990, il avait reconnu le culte et le pélerinage mais, peu après son grand diocèse fut scindé en deux, et Kibého appartient aujourd'hui au nouveau diocèse de Gikongoro, dont l'évêque est S.E. Mgr Misago, jusque-là supérieur du grand Séminaire de Butaré et Président de la Commission d'enquête sur Kibého. Il est profondément convaincu, mais poursuit prudemment la deuxième étape, la reconnaissance formelle de l'authenticité, tout en soutenant le culte et en assumant le scandale des massacres qui atteint, par deux fois, pendant la guerre, ceux qui s'étaient réfugiés à Kibého. Comme si Dieu ne pouvait rien devant la violence des hommes lorsqu'elle est radicale. Mgr Gahamanyi portait dans son coeur la Vierge et ses apparitions à Kibého. Atteint par la limite d'âge de 75 ans, après 35 ans d'épiscopat, il vient de se retirer, à l'issue de la guerre civile, non sans avoir dressé un bilan remarquable des apparitions qu'il a laissées en d'autres mains. Quelques points saillants de ce texte bien mûri m'ont particulièrement touché:
- Son écoute personnelle d'Alphonsine, première et dernière voyante, les réponses qu'elle a données aux questions discrètement posées par son évêque.
- La valeur de la paroisse de Kibého, honorée par la Vierge où il a ordonné 22 prêtres.
- Les fruits remarquables des apparitions: c'est la règle d'or du Christ et de l'Eglise. Dans son Document sur les critères des apparitions (1978), la Congrégation de la Foi centre bien sur cet essentiel, au point de ne même pas mentionner les miracles sur lesquels se penchent, de manière plus ou moins exclusive, tant de Commissions officielles, polarisées sur l'extraordinaire, qu'elles appellent confusément «surnaturel» pour conclure de manière généralement dubitative: «Le surnaturel n'est pas établi», comme si le miracle était le critère essentiel. Mgr Gahamanyi raisonne de manière plus proche de l'Evangile, de l'authenticité spirituelle des voyants et de la foi de son peuple.
- Il reconnaît après coup l'apparition déconcertante mais prophétique où les voyants terrifiés avaient vu la guerre civile et ses ruisseaux de sang, au cours de l'apparition du 19 août 1982. Seul le Père Maindron avait osé rapporter cet épisode choquant et parfaitement incompréhensible, qui prend ainsi tout son sens en même temps que tout son poids (Les apparitions à Kibého, Ed. F-X. de Guibert, p. 183).
- Mgr Gahamanyi mentionne de mystérieux signes dans le soleil (II,2). Il précise les incompréhensibles jeûnes des voyants: sans manger ni boire «8, 14 et 15 jours». Ils l'ont fait à la demande de la Vierge, malgré l'opposition des médecins qui m'en ont parlé. Ils étaient affolés avec raison, car 6 jours sans boire entraînent fatalement la mort dans ce pays tropical. Ils durent céder à l'intransigeance des voyants, soucieux d'obéir à Notre-Dame. Mais restèrent là, anxieux pour procéder à quelque infusion ou réanimation lorsque viendraient les symptômes fatals. Ils ne vinrent pas et les médecins furent non moins surpris lorsque les voyants reprirent l'alimentation normale, sans transition et sans accident, contrairement à ce qu'enseigne la plus constante expérience médicale. (II, 2,3)..
- Mgr Gahamanyi insiste enfin sur les fruits spirituels. Il invite à comprendre la leçon des évènements violents qui ont ravagé le pays et pourraient s'étendre, selon la parole du Christ: «Pensez-vous que ces morts fussent de plus grand pécheurs que tous les autres, pour avoir subi pareil sort? Non, je vous le dis, mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous pareillement» (Lc 13,2).(1)

KIBEHO apparitions du 28 novembre 1981

Quelques détails préliminaires
1. KIBEHO est l'une des paroisses du Diocèse de Butare jusqu'en 1990. Lorsque fut érigé le Diocèse de Gikongoro, la Paroisse fut détachée de Butare et rattachée au nouveau Diocèse. Cette paroisse fut caractérisée par la grande ferveur de ses chrétiens. En effet, fondée en 1935, elle donna un nombre exceptionnemment grand de consacrés à l'Eglise du Rwanda. De ses fils, beaucoup devinrent prêtres diocésains ou religieux dans diverses congrégations ou ordres religieux. Tandis qu'un nombre impressionnant de ses filles embrassèrent la vie religieuse, en des familles religieuses différentes. A titre d'exemple, j'ai ordonné prêtre au moins 22 candidats issus de cette paroisse. Cette paroisse avait été dotée de structures de Pastorale: - une communauté de Religieuses s'occupant de l'instruction des enfants en primaire et aussi une école secondaire pour filles, parmi lesquelles 3 d'entre elles furent les bénéficiaires de ces apparitions. - une équipe de prêtres chargés de toute la pastorale et sanctification des âmes.
2. Epoque des Apparitions La première apparition de Melle Alphonsine eut lieu au réfectoire. C'était le 28 novembre 1981. Elle tombe en extase et se sent appelée par la Mère du Ciel. Elle lui demande d'être disponible et de lui obéir en tout ce que cette Mère demande d'accomplir. Durant ces derniers jours de novembre et décembre, chaque soir, après 21h00, la Vierge lui apparaîtra plusieurs fois et vers la fin de l'apparition, la Mère du Ciel demandera à Alphonsine «d'arroser les fleurs fanées» (sans doute pour signifier les méfaits du péché, et l'efficacité du recours à Elle et de la conversion, grâce à une nouvelle vie de mortification et de prière). En intimité, la fille demandera à Marie de lui donner des explications sur ces sortes de rites. Au début de janvier 1982, j'ai invité Alphonsine à:
- demander à la Vierge son nom et pour qui son Message était destiné (pour Kibeho...., pour le Rwanda..., pour l'Afrique..., pour le monde entier...)
- d'exprimer clairement son message....
- d'apparaître aux heures non tardives et à l'endroit assez vaste pour accueillir beaucoup de personnes. A la rencontre suivante, Elle lui apparaît en pleine cour mais non loin du lieu primordial des apparitions; et cette apparition eut lieu vers 15h00 l'après-midi. La Vierge avait exprimé que sa visite avait pour but de communiquer un Message de conversion (par une vie de prière et de confession, une vie renouvellée par la Parole de Dieu et les oeuvres de charité, de justice...) Elle avait également déclaré son Nom, celui de Mère du Verbe afin qu'on ne la confonde pas avec d'autres mères: Celui qu'Elle a enfanté est Dieu.
3. Rôle du Christ-Rédempteur et de Marie Médiatrice et Corédemptrice
a) Marie, Mère du Verbe - Elle est certainement apparue aux 8 enfants retenus par les deux commissions de Théologie et les médecins. - Elle insistait sur le même message de rejet du péché et recommandait la pratique de la prière incessante qui nous maintiennent en communion avec la Trinité Sainte. Ainsi fut découverte la Dévotion aux 7 Douleurs de la Vierge Marie.
b) Jésus-Christ - Jésus s'est adressé principalement à 3 voyants: Par visions privées avec interpellation à lui rester fidèle, à prier pour la conversion des pécheurs. Il a parfois employé publiquement des phénomènes de puissance: des éclairs précédant l'apparition ou précédant les visions, des tonnerres et éclairs sans pluie... . A la suite de cela, Il montrait au voyant des phénomènes effrayants (sang versé comme des torrents dévalant de la montagne...) . Il a montré une croix sur laquelle il y avait une figure effroyablement torturée. Son Message était de: - leur répéter l'horreur du péché; - leur promettre soutien et fidélité; - leur demander de lui gagner des âmes redevenues réconciliées; - se laisser instruire des épreuves de la vie et les accepter; - mettre en pratique l'esprit de renoncement à des facilités dans le manger, le coucher, la possession en argent...

Annotations...et témoignages

1. Durée des apparitions - Les apparitions ont eu lieu de fin novembre 1981 jusqu'au 15 août 1983; chaque apparition durait 3 à 4 heures. La voyante n'en avait pas souffert, bien qu'elle tombait lourdement par terre, ou qu'elle était longtemps exposée au soleil et les yeux fixés au ciel. - Elle se déroulaient sous forme de dialogue: écoute du message, demande de précision sur le message donné. Des précisions sur le message suscitaient d'autres interrogations de la part du voyant. - L'assistance était très attentive au dialogue. - Durant ces années de 1982-1983, il y eut de ces longues apparitions chaque semaine, sans parler de celles en privé qui sont plus nombreuses.
2. Phénomènes à problèmes Du ciel, on a eu de la pluie pendant l'une ou l'autre apparition. La foule était mouillée et non le voyant. Il y eut également des visions d'une grande hostie, et des visions du soleil dansant comme un disque. Cela s'est renouvelé au moins par 5 fois.
3. Comportement des voyants Certains pratiquaient le jeûne de 8,14 ou 15 jours: sans manger et sans boire, surveillés attentivement par les médecins. Malgré cela, certaines fonctions de l'organisme continuaient normalement. Ils récupéraient leurs poids normal dans un temps de 2 jours. Jésus comme sa Mère leur demandaient l'humilité et la reconnaissance par confiance accordée.
4. Témoignage privé Tout d'abord, je me suis interdit de visiter quand avait lieu une apparition. Je ne voulais pas qu'on se dise que j'accorde d'avance ma croyance à l'évènement. Mais du Ciel on veillait à ce que je sois éclairé. C'est ainsi que par 2 fois, une voyante a eu l'apparition de Jésus dans mon bureau, ayant demandé de prier ensemble le chapelet: Jésus soulignait mon devoir de sagesse et de prudence pour juger. Une autre fois, la voyante a eu l'apparition de la Vierge Marie: Elle lui demandait d'avoir beaucoup d'humilité, afin qu'elle et les autres évitent d'être infidèles à son Fils et à Elle, veillant sur le message confié et sur leur propre conduite. Une autre fois, je fus témoin de la présence d'un animal (de la famille du léopard), envoyé comme épreuve à une voyante pour la griffer durant sa prière....afin de la rendre forte et adonnée à la prière d'intimité. Moi je ne doute pas qu'il s'est passé un fait surnaturel à Kibeho. Son message est authentique, que le monde se sente concerné.


Réactions à ces messages et Fruits spirituels

1 - Durant ces apparitions: Le peuple de Dieu s'est senti très intéressé, tantôt par curiosité, tantôt par intêret personnel (quand il se sentait interpellé). Les phénomènes du ciel signalés, n'ont pas manqué de susciter des interrogations et l'on se demandait surtout qui était visé: par exemple, concernant ces images de sang versé à flots, ces crânes ou têtes détachées du corps et descendant sur des collines. De telles horreurs ne se vérifiaient pas particulièrmeent dans les pays voisins du Rwanda! Cela diminuait la peur tout en laissant planer le doute sur le sérieux des apparitions. Cependant des conversions véritables ont eu lieu: nous avons constaté des âmes athées revenir sur soi et avoir reconnu des péchés et se mettant en voie de retour (acceptant des pénitences avant d'être admises aux sacrements). Des âmes tièdes sont devenues et demeurées ferventes. Des pasteurs d'âmes ont enregistré des conversions intérieures bien véritables et sincères. Beaucoup de personnes de pays voisins sont venues prier et manifester une foi profonde, qui accepte la pratique de la prière obtenue par la Pénitence et l'amour du Sauveur. Nous avons enregistré des conversions en vue du Baptême. Des familles baptisées relâchées ont emmené les enfants à la formation chrétienne et à la réception des sacrements de vie. Nous avons assisté également à une vitalité de foi dans les Mouvements D'Action Catholique (Légion de Marie, Ligue du Sacré-Coeur de Jésus etc.). Un grand réveil de la participation aux messes pendant la semaine. Une prise de conscience de la méchanceté du péché a fait que la nécessité du Sacrement de la Réconciliation soit ressentie comme seul remède.

2. Des années après ces apparitions:
a) Pour le Rwanda: D'abord la guerre et le tragique du génocide sont certainement comme cette réalité qui était alors annoncée . Et n'est-ce pas que l'apparition venait, comme une faveur céleste, pour nous prouver l'amour du Christ et de sa Mère, par conséquent nous priant de ne pas abuser de tant de bonté divine qui avait tant choyé ce pays? L'apparition venait nous révéler à nouveau l'existence du péché agissant contre Dieu, lequel péché avait pris plusieurs visages: injustices graves, profanations, sens dépravé de l'existence de Dieu et de sa loi etc. N'est-ce pas enfin que l'apparition venait nous apprendre d'être humblement reconnaissants et nous recommander le recours à la Vierge très pure et médiatrice des grâces du salut.
- Ensuite ces apparitions eurent ce fruit de bonne vie dans l'au-delà: en effet, certaines personnes ont attendu la mort en prière, unies à la Mère de Dieu, la priant pour le pardon des péchés personnels et celui des autres, en particulier celui des agresseurs. Certains furent conduits à la mort en chantant leur joie d'imiter la Passion de Jésus, d'autres la Bible en mains, dans l'attente de rejoindre bientôt le séjour des Bienheureux.
- Maintenant après la guerre, il s'avère nécessaire d'être attentifs à ces messages: la réconciliation avec le Dieu offensé et avec les frères devenus ennemis, puise sa force dans ces messages qui deviennent comme une référence pour une vie authentiquement chrétienne.
b) Pour les autres continents: dans bien des pays, il y eut des horreurs offensant le Dieu d'Amour, refusant le rôle de Marie dans l'oeuvre du salut. Ces péchés de massacre de vies humaines, ce matérialisme envoûtant, ce sacrilège contre la vie humaine dans tout ce contexte de manipulations indignes, cette sorte de mensonge prétextant vivre de façon chrétienne, tout en niant le salut du Christ par la Croix, tous ces péchés et bien d'autres, interpellent l'homme d'aujourd'hui afin qu'il se convertisse et se réconcilie avec son Dieu et Père de tous. Que le rôle de Marie coopératrice du genre humain, imprègne notre vie rachetée par le Christ notre Rédempteur.

Mgr Jean Baptiste GAHAMANYI Evêque émérite du Diocèse de Butare Rome, le 14 septembre 1997.

Présentation René Laurentin.


Vidéo:
En 2003, l’Eglise a officiellement reconnu une série d’apparitions mariales ayant eu lieu entre 1981 et 1983 dans la ville de Kibeho au sud-ouest du Rwanda, où trois personnes ont reçu des messages de la Vierge. Pendant les massacres de 1994, 20.000 Tutsi ont été assassinés à Kibeho. Aujourd’hui, les pères Pallotins s’efforcent d’en faire un centre de pèlerinage dans un esprit de réconciliation, de conversion et de paix.
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