Témoignage du docteur Darinka Glamuzina

Témoignage de l’un des premiers médecins à avoir examiné les voyants de Medjugoje lors des premiers jours des événements en 1981.


Je suis née à Osijek, et j’ai vécu à Djakovo où j’ai terminé mes études primaires et secondaires. J’ai étudié la médecine à Zagreb. C’est là que j’ai rencontré mon mari. Après notre mariage, nous nous sommes installés à Brotnjo en Herzégovine, la ville natale de mon mari, pour y vivre et travailler.

Je travaillais depuis quelques mois comme médecin généraliste lorsqu'il s’est produit un événement qui a complètement bouleversé mon regard sur le monde et la vie de la foi. J’étais nouvelle dans la région et je connaissais mal les gens et leurs coutumes. Malgré une certaine dureté que je percevais dans les mentalités, conséquence de plusieurs siècles de souffrances, je sentais que les gens étaient chaleureux et empathiques.

Un jour de juin en 1981, un ambulancier originaire de Medjugorje nous a raconté avec enthousiasme que des enfants ont vu la Vierge Marie et que les gens ont commencé à se grouper autour d’eux. Je n’ai pas porté attention à cette histoire, car j’avais déjà entendu parler de jeunes filles qui, dans les villages, auraient eu des visions de la Vierge alors qu’il s’agissait en général de problèmes psychiques qu’elles tentaient de résoudre par des histoires inventées.

Bien que dans mon enfance j’aie reçu une bonne formation catéchétique, des années d’études en médecine m’avaient rendu sceptique et critique envers tout ce qui ne peut pas être mesuré, pesé, touché et scientifiquement vérifié. En tant que médecin ambitieuse, élevée dans un esprit d’exactitude et de matérialisme, j’estimais que toute histoire non fondée devait être démasquée et le problème élucidé. Je trouvais donc cette histoire ridicule et pas très sérieuse.

Comme au théâtre, j’attendais l’issue « des événements dans le village » qui agitaient les gens et tous les esprits de la région et du pays. C’était proprement incroyable qu’un petit groupe d’enfants attirent tant de gens avec « une histoire fantastique » et je m’étonnais, après quelques jours, de voir que « la chose » ne se calmait pas, mais, au contraire, « empirait ». Je me disais : il est question de primitivisme populaire et les autorités qui tentent de contrôler la situation semblent incapables et dépassées par le problème.

Je me trouvais dans cet état d’esprit lorsque j’ai vu arriver les « voyants » dans notre clinique, alors que notre chauffeur les ramenait de leur examen psychiatrique à Mostar. Le directeur de la clinique a invité quelques médecins à « bavarder un peu avec les voyants » afin que nous puissions nous faire une idée de leur état. Je m’engage dans la conversation avec grand intérêt, telle une détective, avec l’intention de trouver les points faibles de leur histoire fantastique et de voir la médecine scientifique mettre fin au plus vite à cette plaisanterie. Nous demandons aux enfants où et comment l’événement s’est produit et ce qu’ils ont vu. Les enfants répondent. Ils sont convaincus de ce qu’ils disent, l’histoire se tient, on voit qu’ils ont vécu une expérience commune et d’une certaine façon (inhabituelle pour moi à l’époque puisqu'évidemment je ne m’attendais pas à cela) ils persistent dans leurs témoignages, sont courageux et inébranlables (nous avons bien sûr tenté de les confondre !). J’étais étonnée de leurs réponses, car elles me semblaient étonnement mûres et complètes pour le niveau d’éducation qu’ils possédaient.

Je suis restée passablement ébranlée par ce que j’ai entendu. Peut-être qu’en ce qui concerne la méthodologie scientifique avons-nous fait preuve de négligence (il aurait fallu interroger les enfants séparément et ensuite comparer les témoignages et les émotions), mais à cette époque, dans ces circonstances, nous ne pouvions faire autrement et toute autre approche aurait été ridicule et exagérée.

Je connaissais aussi un autre phénomène psychiatrique : celui de l’hypnose qui peut engendrer un état dans lequel la personne manipulée a de réels symptômes somatiques suggérés par le manipulateur. Je me trouvais devant un dilemme : ou bien il était question d’une sorte d’hypnose avec laquelle quelqu’un manipule les enfants ou bien il s’agit réellement d’un phénomène physique surnaturel (beaucoup de romans de science-fiction lus me reviennent en mémoire !). Absorbée par mes réflexions, le directeur m'a interrompue en m'invitant à être présente avec lui à l’apparition de Bijakovici afin que nous procédions, en tant qu’équipe médicale, à une enquête sur le terrain. Membre important de la préfecture, il avait d’une certaine façon le devoir de mener une étude médicale sur un événement que toute la communauté surveillait. Je n’avais pas reçu de tâches précises, je devais seulement être présente en tant que médecin (c’est ainsi que je l’avais compris à ce moment-là).

Nous sommes d’abord allés dans la maison de la voyante Vicka à Bijakovici. La rue et la maison étaient remplies de gens. Mon directeur et la famille de Vicka se connaissaient. Il nous a présentés et a déclaré que nous devions être présents lorsque « l'événement » se produirait.

La famille n’avait rien contre. Ils ont tous prié avec le chapelet à la main. À moi aussi, ils m’ont donné un chapelet. Soudain, Vicka et tous les autres à sa suite se sont levés et ont couru sur la colline. Le directeur et moi les suivions également, nous courrions pratiquement. J’avais l’impression que sur la colline se trouvaient déjà plusieurs milliers de personnes, ce qui m’a étonnée. C’était un après-midi de juin particulièrement chaud avec le soleil encore haut dans le ciel.

Nous sommes arrivés à une petite clairière et là j’ai vu tous les voyants qui s’étaient alignés et qui priaient le rosaire. Tenant mon chapelet pour la forme (pour me rapprocher d’eux), j’observais leur comportement, m’attendant à découvrir rapidement de quel état psychique il était question et s’il s’agissait d’une manipulation ou d’une manifestation parapsychologique provoquée par des phénomènes cosmiques non encore identifiées.

Toutefois, ce qui s’est alors produit a surpassé toutes mes hypothèses et m’a complètement déconcertée. Tout à coup, après avoir récité le rosaire, tous les enfants se sont agenouillés et ont crié : « La voici ! » Cela fut prononcé à un tel unisson que j’en ai sursauté. Les enfants ont commencé à écouter « la vision ». J’ai vu qu’ils communiquaient tous avec cette vision. Leurs yeux brillaient. Ils posaient eux aussi des questions et hochaient la tête (ils obtenaient des réponses !) Soudain, le chercheur en moi a été pris d’une vive excitation. Je souhaitais explorer jusqu’au bout la nature de cette manifestation. Jusqu’à cet instant, mon attitude envers Dieu pouvait, au mieux, être qualifiée d’agnostique et qu’il puisse s’agir de Notre-Dame je n’y croyais pas le moins du monde. De plus, je souhaitais que les choses se règlent au plus vite, et ma « découverte » aurait été déterminante. Afin de confirmer mes doutes quant à une manipulation ou « autre chose », je devais en faire moi-même l’expérience. Je tenais à tout vérifier par moi-même.

J’ai demandé aux enfants si je pouvais moi aussi poser des questions à « l’apparition ». À mon grand étonnement, les enfants se sont d’abord tournés vers l’apparition et lui ont demandé la permission. J’ai ensuite posé quelques questions, dont celle-ci : qui est-elle et pourquoi est-elle apparue à Bijakovici (à cette époque ce village me semblait être le bout du monde !). L'apparition a dit qu'elle était La Reine de la Paix. Je suis demeurée stupéfaite de cette réponse (Quelle paix? Et pourquoi cet accent sur la paix?). En ce qui concerne Bijakovici, la réponse fut que les gens ici ont une foi ferme. Après encore quelques questions, j'ai voulu vérifier jusqu'au bout la présence de la vision et j'ai demandé si je pouvais la toucher. En vérité, je ne croyais pas encore à une apparition de la Vierge Marie et je souhaitais démasquer les voyants par une sorte d'expertise scientifique. Les voyants ont demandé à Notre-Dame si je peux l'approcher et elle a accepté. Ils me montrent où je dois me placer et où elle se trouve. Je m'avance, et là j'ai déjà peur, mais il est trop tard pour revenir en arrière, le désir que le phénomène soit vérifié – ego ! – est plus fort que la foi chancelante en la possibilité d'une telle forme de vérité. Je tente avec la main de sentir quelque chose, mais rien…

Les enfants au même moment ont crié : « Elle est partie ! » et moi, honteuse, je me disais qu'elle est partie à cause de moi, ce qui a été confirmé par la suite. Je m'approche de Vicka, elle est un peu effrayée (à cause de moi), elle affirme que Notre-Dame a dit : « Il y a toujours eu des Judas incrédules ». Je suis consternée par ces paroles. Je ne peux croire qu'elles s'adressent à moi (ce n'est que plus tard que j'ai compris leur profondeur et leur vérité). Sur le coup, j'étais offusquée. Je me retire sur le côté, j'observe les événements qui suivent, le comportement des voyants et des gens autour d'eux. Le peuple demande de l'aide pour un tel ou pour tel autre. Tout cela me semble trop dramatique. Plus j'observe les voyants, plus ils m'apparaissent immergés dans l'événement, chacun à sa propre manière. Ils sont remplis d'une joie intérieure et d'un enthousiasme qui ne proviennent d'aucune manipulation extérieure. Soudain, un sentiment sûr, pur et clair m’envahit : les enfants voient, ils voient la même personne, c’est vraiment Notre-Dame! J’étais en effet comme Judas incroyant: je voulais les démasquer, les trahir d’une certaine façon. Je ne les croyais pas. Comme c’est exact ! Mais au lieu que ce soit moi qui les démasque, c’est moi qui suis démasquée. Je suis mon propre Judas! Une telle déclaration de Notre-Dame à mon égard, en tant que personne publique, m'a troublée. En même temps, un bonheur immense m’envahissait, un sentiment indicible et fondé sur une prise de conscience profonde : Dieu est ici, Elle est vraiment ici et les enfants La voient vraiment. Le fait que je n’étais pas prête pour un tel événement était mon problème personnel, mais également un appel à vivre désormais dans un tout autre esprit.

Ô Mon Dieu, quelle tâche difficile et fascinante se trouve devant moi : devenir un nouvel être. J’ai senti que j’avais reçu comme une gifle maternelle par laquelle une mère tente de raisonner son enfant mauvais et de le ramener sur le droit chemin. J’étais honteuse et je sentais une profonde humilité devant la grandeur de cette apparition qui lisait en moi, mais qui me donnait aussi un avertissement et des conseils (c’est cela une bonne mère!). Notre-Dame a ensuite conduit à sa manière (et elle continue de le faire) mon renouvellement spirituel, mais ceci est déjà une autre histoire, et ce sera pour une autre occasion.

Descendant la colline avec quelques voyants, j’ai continué mon enquête, mais j’étais maintenant une toute autre personne. J’avais l’impression d’avoir subi une métamorphose et que plus rien ne serait pareil – et ce ne le fut pas ! J’ai continué à interroger les enfants sur l’apparition de ce jour-là. Ils étaient très joyeux et contents de ce que Notre-Dame leur a dit. J’ai encore demandé à quelqu’un (je crois que c’était Mirjana) pourquoi ils voient la Vierge et pas moi. Elle a répondu à cette question avec innocence et sincérité (comme seuls peuvent le faire des voyants sincères et convaincus et que personne ne manipule) : « Ô, mais toi aussi tu peux voir Notre-Dame, seulement si tu le désires ! » Seulement une personne qui voit vraiment, et qui dans son innocence croit que les autres peuvent voir aussi peut dire une telle chose. Qu’a dit Notre-Dame lorsque j’ai essayé de la toucher ? « Il y a toujours eu des croyants, des incroyants et Judas ». Pourquoi Notre-Dame vient-elle ici dans ce petit village au bout du monde ? « La foi est forte ici. » Que devrions-nous faire pour voir nous aussi Notre-Dame ? « Il faut croire, jeûner et prier. » Qui est-elle ? « Elle est la Reine de la Paix ! » Pourquoi ? « Nous ne le savons pas, mais c’est ce qu’elle dit d’elle-même. »

Au pied de la colline, j’ai rejoint mon directeur qui de loin observait mes agissements et qui était perplexe. Mon comportement dépassait ce qui était requis dans le cadre d’une charge officielle. Dans la voiture sur le chemin de Citluk, je lui ai raconté en bref mon expérience. Je lui ai dit que je croyais que les enfants voient ce qu’ils affirment voir. Je lui ai dit que sur la colline, au moment où Notre-Dame partait, lorsque je tentais de la toucher, j’ai eu le sentiment incroyable de savoir qu’elle partait et dans quelle direction, ce que j’ai plus tard confirmé avec les voyants. Je savais, tout simplement: c’était Notre-Dame. Je savais aussi que pour cette certitude il valait la peine de vivre et mourir.

Lorsque je suis revenue dans mon appartement à Citluk, j’ai demandé à ma tante, qui gardait mon enfant, de prier avec moi le rosaire. Nous avons prié longtemps. Je n’ai pas fermé l’oeil de la nuit tant j’étais fébrile. Les jours suivants, j’ai été exposée à divers commentaires (en général négatifs) sur mes actes. Je savais que je ne pouvais raconter, à cette époque agitée, sans être mal comprise, ce que j’avais vécu personnellement. Et ce, de toutes parts. Selon certains, j’étais une espionne communiste (alors qu'à cette époque je n’avais aucun engagement politique). Personne n’a cherché à comprendre mes motivations réelles, escamotées par les turbulences politiques. Je sentais qu’il valait mieux me renouveller spirituellement et laisser les oeuvres parler pour moi.

Il est vrai que dans les jours qui ont suivi cet événement, j’ai parlé avec une personne publique. Je croyais à l’époque qu’il s’agissait d’un échange amical sur ce thème d'actualité, mais j’ai réalisé quelques années plus tard qu’il s’agissait en fait d’« une conversation officielle ». Il est venu dans mon bureau et nous avons parlé des événements qui se déroulent à Medjugorje. Je lui ai dit que je croyais que les enfants voient ce qu’ils disent voir. Il était confus et a dit qu’il fallait sérieusement examiner cet événement. Après un certain temps, le représentant de « la commission d'enquête ecclésiale » est également venu m’interroger. Nous avons parlé de l’événement et il m’a demandé si j’avais vu quelque chose. J’ai répondu que non, mais que les enfants, eux, voient quelque chose. Depuis, plus personne ne m'a rien demandé. Je savais que la plupart des gens créaient leur propre histoire à propos de mon expérience sur la colline. Mais d’une manière singulière, plus rien ne comptait pour moi, sauf ma profonde découverte. Et d’une certaine façon, c’est encore le cas aujourd’hui.

Les voyants vivent leur propre vie qui est un grand sacrifice pour Notre-Dame. Sachant le travail délicat que j’accomplis, j’ai décidé de parler le moins possible et d’oeuvrer davantage dans le monde. Je voulais montrer que le renouvellement spirituel est possible malgré tout ce que les autres m’offraient au niveau psychosocial et spirituel et qu’il est possible de se défaire des chaînes que sont nos propres préjugés et ignorances. J’estime qu’un pas important sur ce chemin est la connaissance et le travail sur soi. Notre-Dame est mon guide le plus précieux sur ce chemin. Ma vie avec Marie est différente de la vie que j’aurais sans Elle. Si je n’avais pas été ce jour-là et à ce moment-là sur cette colline, ma vie spirituelle serait pauvre et incroyablement vide. C’est pourquoi je suis reconnaissante pour toutes les paroles que Notre-Dame m’a dites. C’est vrai, sur ce chemin il y a beaucoup de hauts et de bas, mais, comme sur une spirale ascendante, je sais que je monte guidée par Sa main.

Tout ce qui s’est passé sur la colline des apparitions n’était pas la fin, mais le commencement de ma communication avec Marie. Elle s’est poursuivie à travers des songes significatifs et des messages qui se sont par la suite révélés exacts et prophétiques pour ma croissance personnelle en Dieu.

Je continue de m’enrichir des paroles de Dieu et des messages qui viennent de Notre-Dame et des voyants. Je respecte les voyants qui sont des apôtres d'aujourd'hui et qui ont un rôle difficile en ces temps vides de spiritualité. Ce sont des gens qui avec toutes leurs faiblesses, mais aussi avec leurs vertus étonnantes portées par la Providence divine, ont la force et le courage de continuer à témoigner du visage de Marie et de sa parole. Comme une femme humble (je suis humble devant la figure resplendissante de Notre-Dame), toujours honteuse à cause de mes faiblesses, je prie Sainte Vierge, en ce temps de Noël, pour la compassion envers moi et envers toute l’humanité épuisée par son incroyance.


Darinka Šumanović-Glamuzina

Témoignage rédigé en décembre 2008
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