Notre Dame de Reims, ou dix sept siècles de chrétienté


Un bel anniversaire pour les huit cents ans de Reims, avec manifestations musicales, culturelles et polychromie de la façade.
La culture, ce qui reste quand on a tout oublié, dit on ?
Pour ceux" qui ont tout oublié ", et pour les plus jeunes à qui on ne fait plus l'honneur de leur parler de leur Histoire, un petit rappel s'impose.

Dans son "Histoire de l'Eglise de Reims ", la chanoine Flodoart (mort en 966 ), exprimait sa certitude que la ville fut fondée par des fugitifs, des soldats de Remus, apres qu'il eut été mis à mort sur ordre de Romulus, car on a trouvé dans des vestiges des emblèmes romains.

En fait, l'oppidum originel appartenait à une peuplade, les Rèmes, qui s'étaient ralliés à Jules César, et ce Durocortorum devint une ville prospère, où le christianisme s'implanta entre 257 et 258 apres l'arrivée du premier evêque nommé par le Pape Sixte II.

La cathédrale

La première église, simple basilique funéraire, fut remplacée sous Constantin par celle des Saints Apôtres, sur le seuil de laquelle des barbares décapitèrent l'évêque Saint Nicaise.

Cette cathédrale carolingienne fut alors, dès 817, agrandie et embellie, puis consacrée par le roi Charles Chauve, le 18 otobre 862 ; remaniée maintes fois de 1144 à 1516.

Cathédrale bombardée en 1917
Les malheurs ne lui furent pas épargnés : incendie en 1481, remplacement de vitraux historiés par du verre blanc en 1740 ,fonte des plaques d'or de l'autel carolingien en 1746, saccages des révolutionnaires pendant la Terreur, puis encore incendie en 1914 sous les bombardements allemands, puis écrasement de la voûte sous des obus en 1917. Certains voulaient conserver la cathédrale martyre dans ses ruines comme témoignage, mais les Rémois n'acceptèrent pas que ce baptistère des Francs (des fouilles ont permis de le localiser ) restât un tombeau, et elle fut en vingt ans relevée et consacrée de nouveau en 1937 par le grand cardinal Suhard.


Ange du sourire - Cathédrale de Reims
Haut lieu de notre histoire, elle fut siège du sacre de presque tous nos Rois de France. Henri IV fut sacré à Chartres en 1594, Louis XVIII, compte tenu des circonstances ne le fut pas ,Louis Philippe encore moins, puisqu'il tenait son pouvoir du peuple : roi des Français. Charles X fut le dernier (Napoléon en avait incomplètement perçu la dimension religieuse, se posant lui même, en présence du Pape, la couronne impériale.)

Intérieur de la cathédrale
Mais c'est vraisemblablement dans un baptistère ancien, dont les restes ont été récemment découverts, que se déroula la cérémonie du baptême de Clovis, un 25 décembre 498 ou 499. Cet évènement, à la gloire de Saint Rémi, evêque de Reims et de l'épouse de Clovis, sainte Clotilde, entraina la conversion des Francs et décida de la vocation de la France, fille aînée de l'Eglise.

Le sacre est une référence à l'Ancien Testament, où l'alliance se conclut entre Dieu et le roi qui lui est soumis quant à la justice, au respect de la morale, et dans le devoir de protection de ses sujets. Repétition de l'image de la colombe planant au dessus de Jesus à son baptême, celle de la Sainte Ampoule témoigne de la présence de Dieu auprès du roi, dont l'onction fait un autre homme, "oint " du Seigneur par un baume, le Saint Chrême, contenu dans une fiole apportée au baptême de Clovis par une autre colombe, symbôle de l'Esprit Saint descendant sur terre. Ce n'est pas une simple légende, comme en attestent Hincmar et des centaines de témoins, mais une telle certitude que le conventionnel Rühl, en visite à Reims en 1793, s'empressa de la briser. Or, par précaution avant sa visite, presque tout le contenu avait été transvasé, et des débris conservés, précieux pour les sacres à venir. Le petit flacon scellé n'a été ouvert qu'une fois, pour la consécration de l'autel majeur de la cathédrale restaurée en 1937.

L'importance du baptême de Clovis

Les Francs, (de frekk, fri, hardi), rebelles de la Gaule assagis par Constantin, s'étaient ensuite alliés aux Romains pour repousser Attila aux Champs Cataloniques en 451. Dans son 'effondrement, Rome ne conservait en Gaule qu' un morceau de son empire, tenu par Syagrius, vaincu par Clovis près de Soissons en 486. La conversion du roi, et son baptême eurent lieu en en 496 ou 499 ; l'évènement entraina progressivement l'adhésion
au "Dieu de Clotilde"de tous les Francs, soit celle d'une grande partie de l'Europe occidentale.

La cérémonie du sacre

Le sacre est un acte grave ,par lequel le roi reçoit d'en haut sa souveraineté ,qui autorise et renforce son autorité ; il remplace l'élection( la dernière fut celle d'Hugues Capet ), assure la continuité par l'hérédité. L'onction opère une mutation de la personne du roi, à laquelle le peuple, plus encore que les Grands, attache de l' importance. Ainsi Jeanne d'Arc tient elle à nommer Charles VII "gentil dauphin " tant qu'il n'est pas sacré.

Le sacre exige donc un rituel strict et impressionnant.

Il est connu par les ordines ( ordo, livre liturgique ). Il fut modifié et enrichi au cours des siècles.

Le triple vêtement de soie bleue fleurdelysée (hyacinte biblique ) du roi s'impose dès le XII° siècle ; mais l'onction doit reçue en une tunique de soie rouge. Les regalia, ornements royaux, apparus au XIII° siècle, sont maintenant pour la plupart conservés au Louvre. Ce sont l'épée et les éperons, signe de la chevalerie.

Le sceptre terminé par une fleur de lys,insigne de la droiture et de la puissance(le skêptron grec de ceux autorisés à parler au nom de Zeus). La verge, symbôle de vertu et d'équité, porte à son extrêmité une main de justice.

Deux couronnes apparaissaient, une lourde pour l'imposition, une légère pour le déroulement de la cérémonie ; celle du XIII siècle disparut pendant la Ligue, l'autre fut détruite pendant la Révolution.Celle de Napoléon, ornée de camées, servit au sacre de Charles X, ironie de l'Histoire...

Le calice du sacre (d'environ 1200 ) dit de Saint Rémi, est toujours à Reims. Il devait être fondu par les révolutionnaires, mais fut sauvé in extremis

Le roi passait la nuit précédente en oraison dans la cathédrale, comme le chevalier à l'église pour son adoubement, et gagnait au matin le palais du Tau pour un peu de repos. Un cortège solennel l'accompagnait devant le maitre-autel, où la Sainte Ampoule était déja déposée, et à la demande de l'archevêque, il promettait, la main sur les Evangiles, de maintenir l'ordre et la justice, serment salué par les acclamations des assistants et un Te Deum que le roi écoutait prosterné ; ensuite il recevait l'onction, à genoux, sur la tête, la poitrine, les épaules, aux jointures des bras. Intervenaient alors les douze pairs de France, qui soutenaient la lourde couronne jusqu'à l'intrônisation. Suivait une grand' messe, en tout pres de cinq heurs de cérémonie.

Il faut noter que le peuple y assistait, régalé ensuite dans la cour du palais (des milliers de pains et des fontaines de vin), cepandant que le roi et ses pairs prenaient part à un repas sacramentel (comme Jesus et les douze apôtres ), ainsi que quelques invités, et auquel les femmes ne participaient pas.

La ville s'enorgueuillit aussi de la Basilique Saint Rémi, élevée sur l'emplacement d'une chapelle, agrandie pour recevoir en 553 le corps de l'Evêque de Reims qui a donné le baptême à Clovis.



Une communauté de bénédictins s'y installe en 760; l'archevêque Hincmar consacre l'abbatiale carolingienne, remplacée apres l'an 1000 par un édifice roman, embelli au cours des siècles d'apports gothiques et de superbes vitraux.

L' église est préservée ds saccages révolutionnaires, mais les moines sont chassés de leur monastère en 1791.
Au XIV ème centenaire du baptême de Clovis en 1896 est réalisée la châsse en bronze du mausolée.

Le 1er aout 1918, des obus incendient la charpente, les murs sont transpercés, et les intempériesde l'hiver font s'effondrer les bas-côtés sud et le pignon nord du transept en 1920 ;les teravaux de restauration, sous la conduite del'architecte Henri Deneux, restaurateur également de la cathédrale, durent quarante ans.

En 1958 la basilique est solennellement réouverte et de nouvelles grandes orgues remplacent celles disparues dans l'incendie.

Ce lieu plus intime que la cathédrale, à l'acoustique parfaite, laisse au visiteur une impression de grandiose simplicité.

La ville de Reims est bien un des hauts lieux de notre Histoire, un de ceux " où souffle l'esprit "

Un Te Deum fut chanté dans la cathédrale en 1962 en présence de Konrad Adenauer et de Charles de Gaulle pour célébrer la réconciliation franco - allemande.

Cercle Hernani

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