Cardinal Zen "Ceux qui aiment la forme extraordinaire doivent pouvoir y participer"

Son éminence le cardinal
Joseph Zen Ze-Kiun, S.D.B.
Dans la lettre 174 de Paix Liturgique, en avril 2009, nous nous arrêtions sur le choix fait par le cardinal Joseph Zen Ze-Kiun, S.D.B., alors évêque de Hong-Kong, de célébrer son ultime messe pontificale dans la forme extraordinaire du rite romain. Le cardinal avait pour l’occasion déclaré qu’il désirait consacrer une partie de son temps de prélat émérite aux fidèles attachés à la liturgie traditionnelle de l’Église.

Cinq ans plus tard, le cardinal Zen a tenu parole et accompagné la vie spirituelle et sacramentelle de la communauté traditionnelle de l’ex-colonie britannique, célébrant à plusieurs reprises selon le missel de saint Jean XXIII, conférant les confirmations, tenant des conférences, assistant à l’ordination diaconale d’un de ses membres, etc.

Lors d’une récente conférence sur la mission en Asie, à l’Université Pontificale Urbanienne de Rome, le traducteur de notre lettre allemande a pu s’entretenir quelques instants avec le cardinal Zen et lui poser quelques questions auxquelles nous lui savons gré d’avoir répondu avec grande bienveillance et extrême clarté.


I – ENTRETIEN AVEC LE CARDINAL JOSEPH ZEN ZE-KIUN

1) Éminence pouvez-vous nous dire la place que tient la liturgie dans votre vie ?

Cardinal Zen : C’est le moment le plus important de ma journée. Je suis un religieux [salésien, NDLR] et, à ce titre, j’apprécie beaucoup notre prière en communauté. Notre communauté bénéficie en outre de très beaux aménagements pour la liturgie.

2) Vous avez été l’un des premiers prêtres chinois à célébrer le Novus Ordo comme signe d’unité avec Rome. Depuis, Benoît XVI a permis que la messe traditionnelle soit de nouveau célébrée, ce que vous faites volontiers, notamment à Hong-Kong...

Cardinal Zen : Personnellement, j’ai bien accueilli la décision prise par le pape, désormais émérite, Benoît XVI de redonner à l'usus antiquor toute sa place. Il a eu parfaitement raison de dire que la messe traditionnelle n’avait jamais été abolie. Et si les fidèles la trouvent plus propice pour nourrir leur dévotion, on doit leur donner largement la possibilité d’en bénéficier. J’ai eu l’occasion d’introduire la messe de l’après-concile aux séminaristes de Chine [de 1989 à 1996, le cardinal Zen a enseigné dans les séminaires chinois, fermés jusque-là aux prêtres romains, NDLR] et j’ai été très heureux de le faire. Mais à l’époque, déjà, je leur ai rappelé qu’il n’y avait rien de mal à célébrer la liturgie ancienne. Notre foi, notre vocation, nos saints, tout vient de cette liturgie, de cette prière.

3) Vous aimez le latin ?

Cardinal Zen : Oui, beaucoup. J’aime les chants grégoriens et j’en connais de nombreux par cœur. Je les récite dans mes prières personnelles et les trouve admirables ! J’aimerais voir plus souvent la forme ordinaire en latin, comme le voulait le Concile.

4) En Europe, les opposants à la messe traditionnelle disent qu’elle ne concerne qu’un petit nombre de personnes : qu’en pensez-vous ?

Cardinal Zen : Je ne vois pas le problème. À Hong-Kong aussi, le groupe est plutôt petit mais ceux qui aiment la forme extraordinaire doivent pouvoir y participer, ils en ont le droit. Il n'est pas nécessaire d'obliger les fidèles à se regrouper artificiellement : un petit nombre suffit.

5) La forme extraordinaire ne menace pas l’unité de l’Église ?

Cardinal Zen : Non, pas du tout ! En quoi cela serait-il possible ? Vous avez beaucoup de liturgies dans l’Église, notamment celles des églises d’Orient [qui voient elles-mêmes coexister divers rites en leu sein, NDLR]. La diversité des rites n’est pas un problème.

6) Avez-vous un message pour les fidèles attachés à la forme extraordinaire ?

Cardinal Zen : Oui, de toute évidence la messe traditionnelle restera importante pour l’avenir. Les personnes qui la désirent doivent pouvoir y assister dès lors, bien entendu, qu’ils ne se dressent pas contre la nouvelle messe. À Hong-Kong, les gens qui participent à la messe traditionnelle vont également à la messe moderne lorsqu'ils le desire et n’ont rien contre. Comme tous les fidèles à travers le monde, les Chinois tirent beaucoup de profit de la tradition de l’Église.


II – LES RÉFLEXIONS DE PAIX LITURGIQUE

1) Rappelons que, depuis la victoire de Mao, l’Église est présente en Chine à la fois de façon officielle, via une Association patriotique contrôlée par le pouvoir, et de façon clandestine via une Église martyre fidèle à Rome, les membres de l’Association patriotique ayant été eux aussi parfois persécutés, comme jadis en France les membres de l’Église constitutionnelle. Cette situation étrange a fait que, jusqu’à l’ouverture permise par Deng Xiaoping dans les années 80, le catholicisme reconnu par l’État a complètement ignoré le concile Vatican II et, partant, la liturgie moderne. C’est dans le cadre de cette ouverture que le futur cardinal Zen a pu venir enseigner dans les séminaires de l'Association patriotique à la fin des années 80 et contribuer à y populariser le Novus Ordo. L’adoption du Novus Ordo était alors pour les membres de l'Association patriotique une manière de se dire malgré tout en union avec Rome. Toutefois, et c’est une révélation que nous fait le cardinal Zen, dès cette époque il était si convaincu de la légitimité de la liturgie traditionnelle qu’il précisait bien à ses élèves que le missel ancien demeurait valide.

2) Selon une très lointaine analogie, on peut comparer la situation du rite traditionnel dans la Chine de Mao avec celle du rite wisigothique dans l’Espagne musulmane. Dans l’Espagne asservie par les musulmans, la romanisation des rites latins, spécialement du rite gallican, ne s’est pas produite en raison de la coupure d’avec l’Europe chrétienne, de sorte que le rite latin wisigothique de saint Isidore de Séville a survécu, spécialement autour de Tolède. Ensuite, lors de l’avancée de la Reconquête chrétienne, le rite romain s’est imposé dans les royaumes d’Espagne, mais le rite wisigothique, sous le nom de rite mozarabe, rite latin non romain, n'a pas disparu là où il avait été conservé. De la même façon, le rite romain traditionnel, resté vivant en Chine en raison de l’isolement imposé par le communisme, demeure aujourd’hui plus proche de bien des catholiques et des clercs chinois que le Novus Ordo.

3) Cette année 2014 a été une année de grâces pour la communauté traditionnelle de Hong-Kong : deux de ses membres, dont l’un des fondateurs du groupe, ont été ordonnés à la prêtrise (l’un pour la Fraternité Saint-Pierre, l’autre pour le diocèse) et un troisième, salésien comme le cardinal Zen, au diaconat. Un religieux, un prêtre Ecclesia Dei et un diocésain : au bout du monde aussi, la liturgie traditionnelle, vécue et célébrée dans un contexte de paix et de croissance spirituelle, est source féconde de vocations sacerdotales participant ainsi à l’élan de la nouvelle évangélisation.

4) « Ceux qui aiment la forme extraordinaire doivent pouvoir y participer, ils en ont le droit. » Prions pour que cette élémentaire sagesse venue d'Orient éclaire nos communautés et nos pasteurs et les encourage à croître en charité et en générosité à l'encontre des demandeurs de la forme extraordinaire du rite romain.

www.paixliturgique.fr

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