Histoire du Mercredi des Cendres - cardinal Schuster

Imposition des cendres, gravure de 1561
Depuis le temps de saint Grégoire, ce jour inaugure à Rome la sainte quarantaine, et il est aussi appelé in capite ieiunii ; au IVe siècle, il marquait le commencement de la pénitence canonique que les pénitents publics devaient accomplir, afin d'être absous le jeudi saint. Selon les rituels du VIIe siècle, le matin de ce jour, les pénitents se présentaient aux prêtres députés à ce ministère dans les différents titres et dans les basiliques patriarcales ; ils leur confessaient leurs fautes, et si celles-ci avaient été graves et publiques, ils recevaient des mains du pénitencier un vêtement de cilice rugueux couvert de cendre, avec l'ordre de se retirer dans l'un des monastères, - une centaine environ s'élevaient alors dans la Ville éternelle, - afin d'accomplir la pénitence de cette quarantaine qui leur était imposée. Voilà l'origine des quarantaines qu'on retrouve dans les anciennes formules de concessions d'indulgences.

Pour le rite de la bénédiction des cendres, le missel actuel conserve encore une dernière trace de la cérémonie de l'imposition de la pénitence canonique aux pénitents publics. À l'origine, le concept de la sainteté transcendante de l'état sacerdotal était si élevé et si vif, que les ministres sacrés n'étaient pas admis dans cette humiliante catégorie. Ce fut vers le XIe siècle que, dans la cérémonie de ce jour, la discipline de la pénitence publique ayant cessé, aux pénitents d'autrefois se substituèrent indistinctement le Pape, les membres du clergé et le peuple romain, qui commencèrent dès lors à marcher pieds nus, et la tête couverte de cendre, jusqu'à la basilique de Sainte-Sabine.

Au IXe siècle, l'imposition des cendres était encore un rite pénitentiel formant un tout à lui seul, sans aucune relation avec la station eucharistique. Vers la septième heure, - c'est-à-dire quand le Romain s'apprêtait à terminer sa journée civile de travail, pour aller prendre son bain aux thermes et se disposer ensuite à la coena, qui constituait le principal repas de tout le jour, - le peuple, ayant à sa tête le Pape et le clergé, se rassemblait d'abord dans le titre d'Anastasie, dans l'étroite vallée comprise entre le Palatin et l'Aventin, et, de là, au chant plaintif de la litanie, il se dirigeait processionnellement vers la basilique de Sabine. Quand on y était arrivé, l'introït étant omis puisqu'il avait déjà été exécuté dans le temple de la « collecte », on célébrait le sacrifice eucharistique ; après la dernière prière de bénédiction, à l'invitation du diacre : ite, missa est, les fidèles rentraient chez eux et rompaient le jeûne.

Au XIIe siècle, ce rite apparaît beaucoup plus développé dans l'Ordo Romanus du chanoine Benoît. Le Pontife imposait d'abord les cendres dans le titre d'Anastasie, puis, en habits de pénitence et nu-pieds, le cortège gravissait les pentes douces de l'Aventin, jusqu'à la basilique de Sabine, où se célébrait la messe. Avant la communion, un sous-diacre régionnaire avertissait le peuple : « Crastina die veniente, statio erit in ecclesia Sancti Georgii Martyris ad velum aureum », et tous répondaient : Deo gratias.

Si le Pape était retenu par des occupations urgentes dans l'episcopium du Latran, un acolyte, après la messe, trempait un peu de coton dans l'huile parfumée des lampes qui brûlaient devant l'autel de l'église stationnale, et, se rendant au patriarchium, il se faisait introduire en présence du Pontife : Iube, domne, benedicere, lui disait respectueusement le clerc. Ayant obtenu la bénédiction, il présentait le coton en ajoutant : hodie fuit statio ad Sanctam Sabinam, quæ salutat te. Le Pape baisait alors avec révérence ce flocon de coton, et le remettait au cubiculaire, pour que, après sa mort, on le mît dans son coussin funèbre. Ainsi avait-on coutume de faire toutes les fois que le Pontife n'intervenait pas à la station.

Collecte ou assemblée à Sainte-Anastasie.

Telle est précisément la signification de cette collecta, qui, dans les anciens Ordines Romani, est indiquée régulièrement pour chaque jour du Carême.

Le psaume d'introït est le 68e, avec l'antienne : « Écoutez-nous, Seigneur, car votre miséricorde est bienveillante ; regardez-nous selon la grandeur de votre bonté ». La prière vient ensuite :

Prière.
« O Dieu éternel et tout-puissant, accordez le pardon aux pénitents, soyez propice à ceux qui vous supplient, et envoyez-nous du ciel votre saint Ange qui bénisse et consacre cette cendre, afin qu'elle devienne un remède salutaire pour quiconque invoque humblement votre saint Nom, s'avoue coupable de ses péchés, les déplore devant votre clémence, et, avec une véritable douleur et pleurant amèrement, se recommande à votre inaltérable bonté. En vertu de votre saint Nom, faites que ceux qui, pour la rémission de leurs fautes, sont couverts de cette cendre, obtiennent, avec la santé du corps, la protection de leur âme. Par le Christ notre Seigneur ».
Prière.
« Seigneur, qui désirez non la mort des pécheurs, mais leur pénitence, regardez avec bonté la faiblesse de la nature humaine, et, dans votre miséricorde, daignez bénir cette cendre que nous nous proposons de répandre sur notre tête afin de nous humilier et de mériter le pardon ; et puisque nous confessons que nous ne sommes que cendre, et que nous reconnaissons que, à cause des démérites de notre malice, nous devons tomber en poussière, faites, dans votre miséricorde, que nous obtenions le pardon de nos péchés et la récompense promise aux pénitents. Par notre Seigneur ».
Prière.
« Seigneur, que l'humilité touche de pitié, et que la pénitence apaise, prêtez une oreille bienveillante à nos prières, et répandez avec miséricorde la grâce de votre bénédiction sur la tête de vos serviteurs couverte de cette cendre ; remplissez-les de l'esprit de la componction du coeur ; accordez abondamment ce que justement ils implorent, et ce que vous aurez donné, daignez ensuite le conserver pour toujours ferme et intact. Par le Christ ».
Prière.
« Seigneur éternel et tout-puissant qui, aux habitants de Ninive, pénitents et recouverts de cilice et de cendre, avez accordé le remède de votre pardon, concédez-nous de les imiter nous aussi dans notre tenue extérieure, de manière à obtenir la grâce du pardon. Par le Seigneur ».
Ces prières ne se trouvent pas dans les anciens sacramentaires romains, aussi convient-il de penser qu'elles ont pénétré plus tard dans le missel romain au moyen des liturgies franques.

Selon une tradition médiévale, les cendres proviennent des rameaux d'olivier bénits l'année précédente. Le prêtre, après avoir récité sur elles ces prières, les asperge d'eau bénite et les encense ; puis il les impose sur la tête des fidèles en disant : « Souviens-toi, ô mortel, que tu es poussière et que tu retourneras en poussière ». Durant l'imposition des cendres, la « schola » des chantres exécute les antiennes et les répons suivants, tirés de l'office nocturne du Carême :

a) Changeons de vêtement et revêtons le cilice couvert de cendre ; jeûnons et gémissons devant le Seigneur, car notre Dieu nous pardonne très facilement nos péchés.

b) Entre le vestibule et le sanctuaire gémiront les prêtres, serviteurs du Seigneur, et ils diront : « Épargnez, Seigneur, épargnez votre peuple, et ne rendez pas muettes les lèvres de ceux qui chantent vos louanges ».

c) Corrigeons-nous des fautes commises par ignorance, afin qu'une mort inattendue ne survenant, nous ne cherchions un délai pour faire pénitence et que nous ne puissions l'obtenir.

R/. Regardez-nous avec compassion, Seigneur, parce que nous avons péché contre vous.

V/. Ps. O Dieu, notre salut, aidez-nous, et, pour la gloire de votre nom, délivrez-nous. - Regardez-nous. - Gloire au Père. - Regardez-nous.

Quand l'imposition des cendres est accomplie, le prêtre récite la prière suivante :

Prière.
« Faites, Seigneur, que nous consacrions par les jeûnes sacrés les débuts de la milice chrétienne, et pour combattre contre les esprits de malice, fortifiez-nous par les armes de l'abstinence. Par le Christ ».
Dans les Ordines Romani du bas moyen âge, il est prescrit que, après l'imposition générale des cendres sur la tête du clergé et des fidèles, l'on monte en procession et nu-pieds la colline de l'Aventin jusqu'à la basilique de Sainte-Sabine, sous le portique de laquelle était alors un petit cimetière. Ces tombes, en un tel lieu, éveillaient tout de suite la pensée de la mort, et c'est pourquoi la schola chantait le répons funèbre : Immutemur habitu... ne subito preoccupati die mortis... conservé encore aujourd'hui dans le missel. Le cortège faisait alors un arrêt de brève durée, pour permettre au Pape de réciter une collecte d'absolution sur ces sépulcres ; puis il faisait son entrée dans la vaste basilique de l'Aventin, au chant du répons : Petre, amas me ? avec le verset : Simon Ioannis..., en l'honneur du Prince des Apôtres. Cette mémoire de saint Pierre, à ce moment de la cérémonie, est étrange ; à moins que ce ne soit un usage papal provenant de la basilique Vaticane et répété chaque fois que, traversant le portique où étaient les sépulcres, on y entrait processionnellement ; peut-être a-t-il été suggéré par le fait que, au XIIIe siècle, la résidence pontificale était à Sainte-Sabine, et, pour cette raison, cette basilique était considérée comme le siège habituel du successeur de saint Pierre.

Station au titre de Sabine.

Il fut fondé ou reconstruit sous Célestin Ier par un certain Pierre, prêtre illyrien, mais une femme appelée Sabine dut y contribuer elle aussi, en sorte que la basilique reçut son nom, avant même que l'on y transportât, de l'area Vindiciani, les restes de la martyre homonyme, Sabine.

Grégoire le Grand y intima sa fameuse litanie Septiformis de pénitence, et, au moyen âge, l'habitation qui y est annexée servit plusieurs fois de demeure au Pontife. Le pape Silvère y habitait quand il fut exilé de Rome par Bélisaire ; Honorius III (Savelli) la munit de murailles et de tours qui subsistent en partie aujourd'hui encore ; et à la mort d'Honorius IV, les cardinaux s'y réunirent pour le conclave qui dura une année environ.

Après ce temps, le prestige de la résidence pontificale sur l'Aventin décrut peu à peu, et l'ancien palais fortifié devint finalement l'asile paisible des Frères Prêcheurs, qui, maintenant encore, montrent avec vénération aux visiteurs les cellules jadis sanctifiées par la résidence de saint Dominique et de saint Pie V.

Sous l'autel majeur, avec les ossements de sainte Sabine et de sainte Sérapie, l'on conserve les corps des martyrs de Ficulea sur la voie Nomentane : Alexandre, Eventius et Théodule.

L'introït de la messe est tiré du chapitre XI de la Sagesse (vers. 24-27), où il est attesté qu'aucun pécheur, quelque impie qu'il soit, n'est jamais exclu de la miséricorde divine, qui regarde non le péché, oeuvre de l'homme, mais la créature, oeuvre et chef-d'oeuvre de Dieu : « Vous, Seigneur, vous avez pitié de tous, et vous n'avez de haine contre rien de ce que vous avez créé ; en raison de la pénitence, vous dissimulez la vue des péchés des hommes, et vous les épargnez, parce que vous, Seigneur, vous êtes notre Dieu ».

La prière veut consacrer les prémices du jeûne de ce jour : « Faites que vos fidèles entreprennent ce cours solennel de pénitence avec la piété convenable, et que, pleins de confiance, ils le mènent à bonne fin ».

On y ajoute deux autres collectes assez anciennes, et d'une profonde signification théologique, spécialement la seconde, qui touche au mystère si obscur de la prédestination. La première implore l'intercession des saints :
« Défendez-nous, Seigneur, de tout péril de l'âme et du corps ; et, par les prières de la bienheureuse et glorieuse Marie, mère de Dieu, vierge sans tache, du bienheureux Joseph, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, du bienheureux N. et de tous les saints, accordez-nous dans votre bonté le salut et la paix ; afin que, toute hostilité ou erreur étant écartée, l'Église puisse vaquer à votre service, dans la paix et dans la liberté ».
La seconde collecte, qui est pour les besoins particuliers des chrétiens, se trouve souvent sous le nom de saint Augustin dans les manuscrits :
« O Dieu éternel et tout-puissant, qui avez l'empire sur les vivants et sur les morts, et qui faites miséricorde à tous ceux que vous connaissez déjà comme devant être vos élus à cause des mérites de leur foi et de leurs oeuvres ; nous vous supplions par une humble prière, afin qu'à ceux pour qui nous avons l'intention d'intervenir par nos supplications, soit que la vie présente les retienne encore dans leurs corps, soit que, ayant déposé cette enveloppe mortelle, l'éternité les ait déjà accueillis, vous accordiez le pardon des péchés, par l'intercession de vos saints et dans la suavité de votre miséricorde. Par Jésus-Christ, etc. ».
Le fruit de ce premier jour de jeûne est l'esprit d'intime contrition et de sincère retour à Dieu, les signes de pénitence extérieure étant inutiles, quand le coeur ne s'éloigne pas du péché. C'est précisément ce que nous enseigne Joël dans la lecture (II, 12-19). En signe de deuil et de douleur, les Hébreux avaient coutume de déchirer leurs vêtements, de s'arracher les cheveux, de se couvrir la tête de poussière, mais c'est bien autre chose que cherche le Seigneur, quand il envoie ses fléaux sur les peuples. Il entend alors les inviter à réformer leur vie, en leur arrachant violemment ces biens naturels, dont ils abusaient pour s'endurcir toujours davantage dans l'impiété.

Le répons-graduel est tiré du psaume 56 : « Ayez pitié de moi, Seigneur, ayez pitié de moi, car mon âme met en vous toute son espérance. Dieu envoya son secours du ciel et me délivra, remplissant de confusion mes persécuteurs. »

En règle générale, les messes quotidiennes n'avaient pas de trait ; celui qui est aujourd'hui assigné par le missel, et qui sera répété en Carême trois fois par semaine, est de structure plus récente et irrégulière, puisqu'il consiste en fragments d'hémistiches de différents psaumes. Il semble avoir été introduit dans la liturgie par le pape Hadrien Ier, qui ordonna de le réciter à la demande de Charlemagne [Cf. Ord. Rom. I, P.L., LXXVIII, col 949]. Ps. 102 : « Seigneur, ne nous rémunérez pas selon les péchés que nous avons commis, et selon nos iniquités ». Ps. 78 : « Seigneur, ne vous souvenez pas des iniquités que nous avons commises, mais que votre miséricorde se hâte de nous aider, car nous sommes réduits à une grande misère ». Ici tous se prosternent : « O Dieu, notre salut, venez à notre secours, et, pour la gloire de votre Nom, délivrez-nous ; pour l'honneur de votre Nom, soyez indulgent pour nos fautes ».

La lecture évangélique vient ensuite (Matth., VI, 16-21) ; le Sauveur y donne lui-même les règles pour jeûner avec fruit. L'humble sincérité du coeur, la sainte joie de l'esprit, la fuite de la vaine ostentation, voilà les conditions de la pénitence chrétienne. Jésus recommande en outre de recueillir des richesses, non pas celles qui peuvent nous être ravies par les voleurs, mais celles de la vie éternelle. En effet, se fatiguer jour et nuit, vivre péniblement pour amasser de l'argent, être toujours à craindre que les malfaiteurs nous le dérobent, être tourmentés par le chagrin d'avoir un jour à abandonner nos biens sur le seuil de l'éternité, tout cela n'est-il pas un travail ingrat, vanitas et afflictio spiritus comme dit l'Ecclésiaste ?

L'offertoire est tiré du psaume 29 : « Je vous célèbre, ô Yahweh, qui m'avez délivré du péril, et qui n'avez pas voulu que mes ennemis fussent transportés de joie par ma ruine ; je vous ai invoqué, et vous m'avez sauvé ».

Dans la prière sur les oblations, nous supplions le Seigneur de nous accorder les dispositions convenables, afin que nous lui offrions ce sacrifice solennel qui inaugure les prémices du saint temps pascal. Dans l'ancienne terminologie liturgique, en effet, Pâques commençait précisément le jeudi saint par la Coena Domini ; de là vient que le sacrifice de ce premier jour du Carême est considéré, en une phrase fort élégante, comme le rite inaugural ou le prélude du cycle pascal : ipsius venerabilis sacramenti celebramus exordium.

À la Secrète, on ajoute les collectes suivantes :

Pour demander l'intercession des saints :
« Écoutez notre prière, ô Dieu notre Sauveur, et, par l'efficacité de ce sacrifice, protégez-nous de tout péril de l'âme et du corps, et donnez-nous la grâce dans la vie présente et la gloire dans la vie future ».
Pour les vivants et les défunts :
« O Dieu à qui seul est connu le nombre de ceux qui devront être admis à la félicité éternelle ; faites, par l'intercession de vos saints, que les noms de ceux que nous avons résolu de vous recommander, comme aussi les noms de tous vos fidèles, soient écrits sans en être jamais effacés, dans le bienheureux livre des prédestinés ».
Cette dernière prière, qui pénétra dans le missel romain au moyen des liturgies franques, conserve un souvenir précieux de l'oratio post nomina, c'est-à-dire de la prière sacerdotale qui terminait, dans les Gaules et en certaines régions d'Italie, la lecture des diptyques avant que ne commençât le canon. On sait, en effet, qu'autrefois, les noms des offrants, des évêques, des personnages insignes avec lesquels chaque Église entretenait une pieuse union de prières, étaient inscrits sur les diptyques, que le diacre récitait à haute voix après l'offertoire, en sorte que le canon eucharistique n'en souffrait aucune interruption.

L'usage romain actuel, quoiqu'il représente une innovation, date toutefois de l'époque d'Innocent Ier, qui, écrivant à ce sujet à l'évêque Decentius de Gubbio, en soutient la légitimité dans un sens rigoureusement exclusiviste. Pourtant, quoique le Pontife proteste contre l'innovation liturgique supposée de l'Église de Gubbio, il est permis de soupçonner que ce fut Rome au contraire qui a changé ses diptyques de place.

Le verset pour le psaume de la Communion appartient au gracieux chant qui sert comme de préface à tout le psautier : « Celui qui, jour et nuit, médite la loi du Seigneur, portera du fruit en son temps » (Ps. I, 3). Le psalmiste dit « en son temps » car, durant le Carême, l'on sème les jeûnes et les pénitences, mais le temps de récolter les fruits de la voie purgative est la sainte fête de Pâques, qui précisément nous initie aux mystères de la voie unitive.

La série des antiennes ad Communionem durant les messes fériales du Carême, est tirée du psautier dans l'ordre même des Psaumes, et constitue un cycle spécial. Les exceptions sont très rares, et représentent des additions postérieures. Dom Cagin, après avoir étudié soigneusement la question, a conclu que les deux messes des IVe et VIe fériés de quinquagésime, avec les antiennes ad Communionem, tirées respectivement des psaumes 1 et 2, appartiennent vraiment au cycle grégorien primitif des messes quadragésimales.

Dans la prière eucharistique, nous implorons aujourd'hui du Seigneur que le divin Sacrement nous protège, que nos jeûnes soient acceptés par Dieu, et servent aussi à nous guérir de nos vices.

On ajoute deux autres collectes ; la première, pour demander l'intercession des saints :
« Que l'offrande du divin Sacrifice nous protège et nous purifie, et que, par les mérites de la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, du bienheureux Joseph, des bienheureux apôtres Pierre et Paul, du bienheureux N. et de tous les saints, elle nous purifie de toute tache et nous défende contre toute adversité ».
Pour les vivants et les défunts :
« Nous vous supplions, ô Dieu tout-puissant et miséricordieux, de nous purifier de nos fautes par le Sacrement que nous venons de recevoir. Faites que, par les prières de vos saints, la participation à vos Mystères ne nous soit pas imputée comme une faute, mais nous obtienne le pardon ; qu'elle nous purifie de toute souillure, qu'elle donne la vigueur à ceux qui sont faibles, qu'elle soit notre défense contre tous les périls de la vie présente, qu'elle remette les fautes des fidèles vivants et défunts. Par notre Seigneur ».
La collecte Ad complendum.

Il y avait un rite très ancien, appartenant à toutes les liturgies, même orientales, c'était celui de réciter, avant de renvoyer l'assemblée, des formules spéciales de bénédiction sur les catéchumènes, sur les pénitents, sur les fidèles, sur les vierges, etc., à la fin de toute synaxe. Souvent, à Jérusalem par exemple, à ces invocations était jointe l'imposition des mains par l'évêque ; si bien que, au dire de saint Augustin, les trois termes de bénédiction, oratio super hominem et imposition des mains du prêtre, devinrent synonymes. Dans les sacramentaires romains, cette collecte finale a pour titre : Ad complendum, et l'invitation précédente du diacre : Humiliate capita vestra Deo rappelle encore sa première signification euchologique.

Dans la liturgie romaine, ces formules de congé ad complendum se sont conservées seulement aux fériés du Carême, à cause de leur caractère solennel et épiscopal. Lors des synaxes privées, et toutes les fois qu'il n'y avait pas station, une unique formule pouvait suffire : le prêtre la savait par coeur et la récitait chaque jour ; les copistes s'en tinrent là volontiers. C'est précisément la même raison qui fait que nous avons perdu, aux matines et à l'offertoire, les différentes missæ ou prières, par lesquelles on congédiait autrefois les pénitents, les catéchumènes, les possédés, etc.

Nous avons déjà dit ailleurs combien le peuple tenait à ces bénédictions ; à ce point que, le pape Vigile ayant été arraché de l'autel de Sainte-Cécile tandis qu'il célébrait le dies natalis de la martyre dans sa basilique transtévérine, le peuple se souleva, exigeant que la barque qui devait conduire le prisonnier à Ostie pour le mener ensuite en exil à Constantinople, ne partît pas avant que Vigile ait récité la collecte ad complendum, laissant ainsi sa bénédiction aux Romains.

Le rite de la bénédiction qu'on donne maintenant au peuple après la formule de renvoi, représente une stratification postérieure. Elle dérive de ce fait que, quand le Pape retournait de l'autel au secretarium, les évêques, le clergé, les moines, etc. se prosternaient devant lui à son passage, lui demandant tous la bénédiction ; et lui, traçant le signe de la croix, leur répondait : Dominus nos benedicat.

La formule euchologique ad complendum d'aujourd'hui est très significative : « Regardez avec bienveillance, Seigneur, le peuple qui est prosterné devant votre majesté ; et, après avoir daigné le ranimer par le divin Sacrement, fortifiez-le sans cesse par la protection céleste ».

source
Related Posts with Thumbnails
Accueil

Un article vous à plu ?
Soutenez l'évangélisation gratuite sur ce blog !
Commandez des articles similaires :
- par téléphone au 0(033)5 65 78 01 95
- par courrier : glissez votre chèque + forfait de 6,50€ port dans une enveloppe timbrée à Chrétiens Magazine, 14 rue des écoliers, 22200 PLOUISY - FRANCE
- par internet : www.asonimage.fr
Contact mail : chretiensmagazine@gmail.com

Abonnez-vous à la revue :
14 rue des écoliers,
22200 PLOUISY - FRANCE
tel : 0(033)5 65 78 01 95
Abonnement 1 an: 35€ (10 parutions)
Dom, Tom et étranger: 48€

Que Dieu vous bénisse !

Articles les plus consultés